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No pasaran ! ....Les camps sur la plage....

3 Avril 2010 , Rédigé par daniel Publié dans #no pasaran

 J’ai déjà évoqué, à plusieurs reprises, sur ce blog, cet épisode difficile de la vie de Luis, le père de Pilou, et de son frère Rafaël. Voir notamment le billet du 23/09/2007 intitulé   No pasaran!.... Une auberge espagnole.  

   J’y reviens à nouveau car je viens de lire un remarquable ouvrage « Les Camps sur la plage, un exil espagnol.» de Geneviève Dreyfus-Armand et Emile Témime. Un petit livre de 130 pages qui est paru aux éditions Autrement – Collection "Français d’ailleurs, peuple d’ici".

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 La guerre civile a provoqué en début d’année 1939 un exode massif vers la France. Près d’un demi-million d’espagnols, hommes, femmes, enfants, ont été parqués pendant plusieurs semaines de manière improvisée dans des  camps de plage avant que les premiers baraquements puissent être construits.

 J’ai retrouvé dans ce livre tout ce que nous avaient dit les regrettés Luis et Rafaël. Luis toujours de façon très réservée et puis Rafaël de manière un peu plus détaillée quand il témoigna de cette histoire à Cécile qui préparait son mémoire de DEA sur le thème des compagnies de travailleurs étrangers.

 Dans ce livre les auteurs se concentrent sur la période qui s’étend de février 1939 à mai 1940. Ils racontent les attentes, les déceptions, les souffrances de ces réfugiés, dont beaucoup, plus de 100 000 restèrent en France.

  Luis et Rafaël, sont entrés en France par le col d’Arès ; ils racontaient « les moments dramatiques d’attente à le frontière (la frontière qui fut fermée entre le 2 et le 5 février et rouverte pendant 4 jours pour permettre aux soldats républicains qui fuyaient l’avancée des franquistes de trouver refuge en France).

 Les deux frères Rozon passèrent les premières semaines dans les champs du côté de Prats-de-Mollo, puis vers Amélies les Bains et Céret. Comme leurs camarades ils n’avaient d’autre abri que de creuser un trou dans la terre pour s’enfouir sous une couverture et de la paille qu'ils trouvaient pour se protéger du froid hivernal.

 « Un catalan Lluis Montagut raconte comment les réfugiés sont conduits vers un terrain vague, près de Prat-de-Mollo ; rien n’est prévu pour les recevoir ; ils doivent loger en pleine campagne, s’installer au fond d’un fossé recouvert de branchages.

  Rafaël avait dit à Cécile sa surprise de voir que les populations des villages traversés, étaient plutôt hostiles ou inquiètes en voyant débarquer cette cohorte de « Rouges » hirsutes.

….. Les témoignages des réfugiés insistent souvent sur la complète indifférence avec laquelle les gens regardaient le défilé interminable des colonnes dirigées vers les camps. « Le peuple disent certains nous contemplait en général avec inquiétude et hostilité. Nous portions le poids de tous les crimes qui nous avaient été attribués par la propagande franquiste. »

« Il est un terme qui revient dans beaucoup de témoignages, celui de bétail. Les réfugiés ont le sentiment d’être traités comme des animaux, parqués dans un espace restreint ou conduit vers des destinations inconnues…..

…. A Prats-de-Mollo, on vient chercher les réfugiés qui ont arrangés des abris de fortune sur leur terrain vague, et Lluis Montagut constate, lui aussi : « nous sommes entassés comme du bétail, dans des camions et gardés à vue par des hommes armés en uniforme. De ces pénibles journées les Espagnols ont gardé l’impression d’avoir été considérés comme un troupeau…..et on nous comptait comme des moutons.

 ….. Ce qui a le plus profondément blessé les républicains espagnols, c’est, sans nul doute, d’être traités en « criminels », placés sous la surveillance de troupes coloniales « semi-barbares », regardés aussi avec méfiance par une partie au moins de la population….

  Luis et Rafaël ont souvent évoqué leur gêne d’avoir été gardés dans les camps de plage par des soldats sénégalais. Les auteurs expliquent ce problème ainsi : « La présence de troupes coloniales a incontestablement accentué le malaise des républicains espagnols lors du franchissement de la frontière et de l’installation dans les camps. Elle leur rappelle fâcheusement des soldats maures utilisés par Franco lors des opérations punitives de la guerre civile. ….. Le rejet est tellement fort que certaines évocations n’échappent pas aux simplifications abusives et à des considérations parfois proches du racisme…. 

….. Le premier camp, le plus souvent évoqué est celui d’Argelès-sur-Mer : des terres marécageuses bordées par la mer, une plage déserte divisée en rectangles d’un hectare chacun entouré de barbelés. Quelques abris sommaires ont été édifiés à la hâte lors des premières arrivées de réfugiés, totalement insuffisants pour la foule qui s’y presse quelques jours plus tard. Sur cette plage il faut creuser des trous dans le sable pour se protéger comme on peut des intempéries.

  Le périple de Luis et Rafaël Rozon fut sensiblement celui-là  car ils arrivèrent, eux aussi, transis de froid et morts de faim sur la plage d’Argelès…et dans les mêmes conditions, c'est-à-dire sans aucun baraquement, aucun sanitaire, avec pour seul refuge, les « châteaux de sable » de la plage où ils pouvaient se terrer la nuit pour se protéger du froid. Ah si, il y avait une structure de-ci de-là : quelques poteaux étaient plantés dans le sable pour y attacher les perturbateurs, qui y passaient la nuit en plein air au lieu d’être à l’abri dans le sable ; de quoi refroidir les récalcitrants de toute tentative de récidive.

« A tout cela, il faut ajouter les déplorables conditions d’hygiène et la promiscuité de tous les instants qui dorment les uns contre les autres pour se réchauffer, et n’ont d’autre endroit que la plage pour satisfaire leurs besoins…..

L’affolement des premiers jours passé, les autorités françaises entreprennent, avec l’aide des internés eux-mêmes, l’édification des baraquements et apportent les moyens d’une hygiène élémentaires

  Selon le témoignage de Rafaël pour toute nourriture, les premiers jours, du pain fut enfin donné aux indigents ; certains se permirent même quelques excès en faisant du troc avec les tirailleurs Sénégalais. Une boule de pain, ou un paquet de cigarettes ou une couverture contre une bague ou une montre.

« Les conditions dans lesquelles est distribuée la nourriture dans ces premiers jours sont  également resté gravées dans la mémoire : A trois heures, raconte le docteur Pujol, une fourgonnette militaire pleine de pain arriva. On déchargea le pain sur le sol, et un gendarme, juché sur une chaise, le jetait à la multitude affamée qui se battait pour récupérer un morceau…… ce rituel dura quelques dizaines de jours…..

…… Sans doute certains réfugiés admettent-ils que, si les Sénégalais ne sont pas surveillés par leurs officiers ils peuvent être très tolérants avec les internés. Les réfugiés se livrent parfois avec eux à des trocs avantageux : de l’eau ou des boîtes de lait concentré contre des billets de cinq pesetas devenus sans valeur.

  Petit à petit les choses s’arrangent notamment pour les hommes qui, comme Luis et Rafaël Rozon acceptent de participer aux travaux de construction des autres camps St Cyprien, Barcarès et Agde….. Le travail et leur volonté de rester toujours ensemble leur a permis de supporter ces épreuves……  après l’aménagement des camps ils se portèrent volontaires pour les travaux agricoles et les vendanges.

 Fin 1939, les deux frères apprirent que des compagnies de travailleurs étrangers étaient créées pour suppléer le manque de main d’œuvre française pour cause de guerre. Luis et Rafaël n’hésitèrent pas à faire ce choix, pourvu qu’ils restent ensemble…. Et c’est comme ça qu’ils se retrouvèrent en Deux Sèvres, à Thouars  où ils travaillèrent jusqu’à l’arrivée des allemands….. Ils prirent alors la poudre d’escampette pour passer en zone libre. No pasaran!.........Les compagnies de travailleurs étrangers 

   A suivre

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daniel 10/06/2010 07:26


J'ai reçu via over-blog, un mail d'Annie N. Petite-fille d'une réfugiée espagnole qui aurait été accueillie dans une maison de retraite près de Niort en 1939.
Il me semble avoir lu quelque chose à ce sujet peut-être dans le livre de Jacques Perruchon "Réfugiés espagnols en Charente-Maritime et Deux-Sèvres 1936-1945 ".
Je ne retrouve plus ce livre que j'ai ou j'ai eu, mais je le recherche pour vérifier et si je le retrouve je feraiun complément à ce commentaire.
Je ne suis pas très sûr de moi mais, de mémoire, il pourrait s'agir du château d'Aiffres(qui est devenu ou revevenu depuis une maison de retraite "privée" le Domaine du chateau.)
Il faudrait peut-être se renseigner à la mairie d'Aiffres si la personne après son décès repose au cimetère d'Aiffres ou aux Archives départementales.
Bonnes recherches Annie.