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No pasaran !...... Los ultimos dias de Federico Garcia Lorca

4 Décembre 2009 , Rédigé par daniel Publié dans #no pasaran

 Lundi 30 novembre le centre d'action culturel de Niort proposait un spectacle hommage à Federico Garcia Lorca.  Ce spectacle nous avons bien failli le louper .... quand j'ai pu arrêter les dates de mon voyage en Guyane avec la certitude d'un retour juste avant cette date il n'y avait plus de place et puis.....surprise, quelques jours avant notre départ nous apprenions qu'il y aurait une seconde représentation le même jour à 18 H 30  avant celle prévue à 21 H.
 Il faut dire que la demande était forte car l'auteur-comédien José Manuel Cano Lopez s'était déjà fait connaître en 2006 du public niortais du CAC avec « Canto de mi tierra » des textes et poésies de Garcia Lorca.
 Nous avons donc pu nous procurer le précieux sésame et il eût été impensable qu'il n'en soit pas ainsi. Dois-je rappeler que Luis, le père de Pilou, est né, comme Federico,  à Fuente Vaqueros un petit village andalou proche de Grenade. Federico en 1898 et Luis en 1914..... mais j'ai déjà évoqué cette proximité dans quelques billets dont deux en juin 2008 « Fuente Vaqueros ( 1 & 2) » et un en juillet 2007 « Grenade
».
Avec «19 août 1936 : Mort d'un poète » José Manuel Cano Lopez nous a proposé les témoignages  de ceux qui ont croisé Lorca au cours des dernières semaines avant son assassinat. Ces témoignages superbement dits par Cano Lopez accompagné au piano  par Jacques Perry-Salskow alternant avec des poésies et des chansons récitées ou chantées par l'auteur-comédien.

Toutes les lettres, tous les témoignages dits par le comédien recoupent pour l’essentiel des informations que l’on trouvait déjà dans le remarquable livre de Claude Couffon « A Grenade, sur les pas de Garcia Lorca » publié en 1962.

On retrouve dans le première partie de ce livre où l’auteur tente de définir la personnalité du poète, l’extrait d’un interview qu’il avait accordé à un journaliste en juin 1936 et que le comédien Cano Lopez déclama en début de spectacle  « Je suis espagnol intégral et il me serait impossible de vivre hors de mes limites géographiques ; mais je déteste celui qui est espagnol pour être espagnol. Je suis frère de tous et j’exècre l’homme qui se sacrifie pour une idée nationaliste abstraite uniquement parce qu’il aime sa patrie avec un bandeau sur les yeux. Le bon chinois est plus proche de moi que le mauvais espagnol. Je chante l’Espagne et je la sens jusqu’à la moelle ; mais je suis d’abord citoyen du monde et frère de tous… »……..

En 1936 Federico vivait à Madrid : à 38 ans il était devenu un poète et  dramaturge célèbre ayant connu une ascension rapide  ; il venait de terminer « La Maison de Bernarda Alba» et préparait une tournée en Amérique Latine, mais avant de partir il voulait se rendre, comme chaque année en juillet, à Fuente Vaqueros retrouver sa famille et ses amis…..
 C’est alors qu’éclata l’été de la violence. Vaincus aux élections de février 1936 qui avaient assuré le triomphe du Front Populaire, les partis de droite, multipliaient les provocations et attentats….violences auxquelles répondaient d'autres violences. Dans ce climat particulièrement délétère à Madrid, aggravé par l’assassinat le 13 juillet du leader monarchique Calvo Sotelo, Federico décida tout de même de se rendre à Grenade où il pensait pouvoir compter sur la double protection de son beau-frère Manuel Fernandez Montesinos, maire socialiste de Grenade, mais aussi de ses amis Rosales,  famille influente de la Droite phalangiste.

Federico partit le 17 juillet, accompagné à la gare par son ami Martinez Nadal auquel il fit part de sa vive inquiétude selon le témoignage lu par le comédien Cano Lopez.

Les évènements se sont alors précipités : le 18 juillet le général Franco lançait depuis les Canaries  un appel au soulèvement de l’armée.

Ce jour-là, à Grenade, la famille Lorca célébrait la San Federico. En soirée ils entendirent un dramatique communiqué à la radio : la République était menacée. Au Maroc espagnol l’armée était passée du côté des rebelles franquistes. L’Andalousie fut la première région contaminée : Séville est tombée sans résistance dès le 19 juillet. Le 20 juillet l’armée se soulevait à Grenade et le commandant Valdes se proclamait gouverneur civil. Des journées de terreur s’abattirent alors sur la ville au gré des exactions de l’Escouade Noire, les tueurs de Valdes. Ce fut ensuite le tour des villages des alentours. Valdès sut que le poète, partisan des républicains, homosexuel notoire, était à Grenade, à la Huerta de San Vicente et malgré les centaines, les milliers  de victimes déjà exécutées, Federico devenait subitement le gibier prioritaire.

Les soldats rebelles étaient pourtant déjà venus à la Huerta, brutalisant la famille mais sans porter dans un premier temps une attention particulière à Federico ; cette famille était visée parce que c’était celle de Montesinos, le maire socialiste ; celui-ci fut exécuté le 3 août…..  Après la chasse au poète fut lancée et Federico reçut une lettre anonyme qui lui fit comprendre que ses jours étaient comptés. Aux abois il chercha alors de l’aide auprès de ses amis phalangistes, les Rosales…. Mais ces amis, certes politiquement engagés, n’étaient pas pour autant aux commandes de la rébellion… Luis Rosales n'hésita pas à héberger Federico dans la maison familiale : Pouvait-il y avoir cachette plus sûre que chez un responsable de la Phalange ? Federico le crut quelques jours …. Jusqu’au 18 août à cinq heures du soir. Alors qu'il était seul avec la maîtresse de maison, la mère des frères Rosales, l’Escouade Noire, dirigée par une brute Ramon Ruiz Alonso, investit la maison et malgré les protestations de Mme Rosales qui voulait prévenir ses fils, les tueurs de l’Escouade emmenèrent le poète.

Des témoignages lus par le comédien Cano Lopez confirment le thèse de Claude Couffon : Alonso et ses hommes étaient retournés une nouvelle fois chez les Lorca et brutalisèrent les parents de Federico pour qu’ils avouent où leur fils s’était enfui et c’est sa sœur qui, croyant bien faire, avait répondu « Mais il n’est pas caché il est allé lire chez un ami ». Alonso a alors compris où était Federico : chez son ami le poète Luis Rosales, phalangiste mais suspect car poète.....

Les Rosales ont essayé de sauver Federico, mais c’était Valdes qui était aux commandes de l'insurrection fasciste…. Et le 19 août Federico fut emmené à Viznar près d’un ravin «  Le barranco » où, selon un paysan témoin, il aurait été abattu, assassiné avec d'autres malheureux dont l'instituteur d'un village voisin. En trois semaines des centaines de personnes furent exécutés en ce sinistre endroit, près del camino de la Fuente de Aynadamar. 

 Cette version des derniers jours de Federico Garcia Lorca a été confirmée par Gérardo Rosales, neveu du poète Luis Rosales dans une nouvelle « le silence des Rosales », qu’il  écrivit pour se guérir des « coups de poignards » que sa famille, « qui joua sa peau pour lui sauver la vie », a reçu durant tout ce temps, accusée de l’avoir trahi. Il confirme que c’est finalement la sœur de Federico qui a dit où il se trouvait, pour protéger leur père et pensant que la protection des Rosales, connus pour leur sympathie phalangiste, serait suffisante.

C’est aussi ce que laisse à penser Cano Lopez dans sa pièce. Nous sommes allés discuter avec le comédien à la fin du spectacle. Il ne m’a pas semblé avoir la moindre sympathie pour le régime franquiste et les phalangistes et il semble croire en cette version ….  de toute façon, il a rigoureusement basé son texte sur des témoignages....  et puis Il est comédien pas historien.

Les descendants des familles Lorca et Rosales sont aujourd’hui d’accord, après des décennies de silence, pour que des recherches soient faites pour exhumer les restes des victimes et voir si des analyses avec les moyens scientifiques d’aujourd’hui permettraient d’en savoir plus.

   Un autre livre publié en 1983, « Los ultimos dias de Garcia Lorca » de Eduardo Molina Fajardo serait, selon Internet, une intéressante source d'informations …. en Espagne car malheureusement il ne semble pas avoir été traduit en français.

 

  A suivre

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caro 27/01/2016 15:23

Une bouteille à la mer... Dans le tri de mes cassettes VHS... je tombe sur "le cercle des Arts" consacré à Federico Garcia Lorca (1998... il aurait eu 100 ans). L'enregistrement est d'assez bonne qualité. On y trouve beaucoup de spécialistes de l'oeuvre lorquienne et José Manuel Cano Lopez chantant la nana de Sevilla... bouleversant. Je ne vais pas garder cette cassette mais si quelqu'un savait numériser et mettre sur Youtube... Merci. Contacter Caroline Arcachon sur Facebook.

Pascale 13/12/2009 18:18


Je suis une fan de José Manuel Cano Lopez, je participe à un festival de Théâtre, les Paysages Nocturnes au Grand Pressigny, lieu d'un débat riche, tumultueux, contrasté et profondément révélateur
sur le sens de la culture en France, sur son rôle essentiel dans la vie des hommes ensembles. Merci pour ce bel article.