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Presse aidant ..... AA ! Dénotation ou connotation ?

15 Novembre 2013 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

    Coup de tonnerre (ou petit prout ?) médiatique la semaine dernière, l'agence de notation Standard & Poor's a dégradé la note de la France d'un cran ! D'un demi-cran oserai-je ajouter puisqu'on est resté AA alors qu' on était AA + comme les Etats-Unis et l'Autriche depuis janvier 2012.  On peut même estimer qu'on n'a perdu qu'un petit quart de point car nous étions AA+ avec perspective négative et qu'on est aujourd'hui AA avec perspective stable, mais ne chipotons pas......

 On relève dans le tableau ci-dessous paru le 12 novembre dernier dans le quotidien ''Les échos'' qu'un pays est considéré  en risque spécutatif en dessous de la note BB et en faillite avec la note D..... La France est encore relativement à l'abri de la catastrophe, même s'il convient de ne pas prendre à la légère toutes les informations qui pourraient avoir une incidence sur le comportement des marchés financiers auprès desquels tous les pays empruntent pour régler leur déficit budgétaire et  équilibrer au mieux leur dette publique, dette dont la charge est en France, comme dans la plupart des pays, la partie la plus importante et contraignante du budget national. 

notation 

 Précisons que ce tableau n'est pas complet car il ne concerne que la zone euro + les pays du G8. En fait, dans le groupe des bons élèves qui décrochent le triple A, perdu par la France en janvier 2012, sanction du bilan Sarkozy, il faut ajouter la Suède, la Norvège et le Danemark, pays de la CEE mais hors zone euro plus  la Suisse, le Canada et l'Australie. Au total il n'y aurait que dix pays référencés AAA par les trois agences de notation et douze au top pour au moins deux agences sur trois. 

  On relève finalement une certaine cohérence entre les agences de notation et il se confirme que la France a bel et bien perdu et s'éloigne un peu plus du AAA. Est-ce grave docteur?

 On peut déjà se satisfaire d'être moins mal loti que des pays comme le Japon, la Russie, l'Espagne, l'Italie, l'Irlande et tous les autres pays de la zone euro. Il faut aussi rappeler que jusqu'à présent ces notations n'ont guère eu de conséquence sur le niveau des taux d'intérêt auquel la France s'approvisionne : elle reste encore une meilleure signature avec l'Allemagne empruntant actuellement à des taux très bas. 

 Les marchés financiers prennent aussi en compte le potentiel  économique du pays.  En 2012, la France est toujours la 5e puissance économique mondiale derrière les Etats-Unis, la Chine, le Japon, L'Allemagne et devant le Royaume Uni.  En 2012, la valeur de son produit intérieur brut (PIB) est de 2 700 milliards de dollars. Parmi les pays de la CEE, même en cumulant le PIB de tous les pays notés AAA, hors Allemagne et Royaume-Uni, on atteint  à peine l'équivalent de la puissance française : Pays-Bas (770) + Suède (520) + Norvège (500) ) + Autriche (400) + Danemark (300) + Finlande (250) + Luxembourg (60) = 2800 milliards de dollars.

 On peut encore dormir tranquille et laisser la sinistrose au vestiaire. A contrario, on doit aussi comprendre qu'une éventuelle dégringolade de la France entraînerait l'implosion de la zone euro et de la CEE. Il était, donc, vraiment temps de commencer à prendre des mesures pour résorber les déficits publics et réduire l'endettement, après 40 ans de laxisme et même d'une inconscience coupable pour ce qui concerne les 20 dernières années et tant pis si cette cure de rigueur (et pas encore d'austérité) rend le pouvoir politique impopulaire. L'endettement de la France s'approche dangereusement du seuil de 100% du PIB, seuil qui volerait en éclat si l'euro devait disparaitre ou si une nouvelle crise majeure devait éclater comme en 2008. D'autant qu'il y a de grosses inquiétudes quant à  la santé de la Chine, deuxième puissance mondiale, dont les comptes publics et financiers sont particulièrement opaques.

Maintenant voyons ce qu'en pensent certains experts économiques, bien évidemment, triés sur le volet.

  J'ai retenu d'abord l'avis de Paul Krugman prix Nobel d’économie 2008 tel qu’il l’a développé les 8 et 9 novembre dernier sur son blog  http://krugman.blogs.nytimes.com/ :

Extraits du billet du 8 novembre (traduction par le Nouvel Observateur.)    

Standard & Poor's a dégradé la note de la France. Cela a-t-il un sens ?

      « Pas vraiment, en ce qui concerne la France. Nous ne saurions trop insister sur le fait que les agences de notation ne disposent d'aucune - je dis bien d'aucune - information particulière sur la solvabilité des Etats, surtout de grands pays comme la France. S&P est-il intimement au fait de la situation des finances françaises ? Non. Son modèle macroéconomique est-il supérieur à,celui du FMI - ou de tous les hommes et femmes assis autour de moi dans cette salle de conférence du FMI ? Vous plaisantez !

Allez, je vous livre un vilain petit secret de plus. Que savons-nous vraiment des réformes économiques qui engendreront la croissance, et du volume de la croissance en question ? La réponse est  pas grand-chose ! Des gens, dans des institutions comme la Commission européenne, parlent avec beaucoup d'assurance de réformes structurelles et des merveilles qu'elles accomplissent, mais les indices à l'appui de cette assurance sont bien maigres. Quelqu'un sait-il vraiment que la politique d'Hollande entraînera une croissance inférieure de x,x %, ou plus vraisemblablement de 0,x % à ce qu'elle serait si Olli Rehn était aux commandes ? Non ! Donc, une fois encore, quelle est la raison de cette décision ?

  Je suis désolé, mais je pense que quand l'agence S&P se plaint de l'absence de réformes, ce qu'elle dénonce en réalité, c'est le fait que le président français augmente la fiscalité sur les riches, au lieu de l'alléger, et que plus généralement, il ne se montre pas assez orienté vers l'économie de marché pour plaire à la bande de Davos. N'oubliez pas qu'il y a quelques mois, Olli Rehn n'avait eu que mépris pour la sobriété fiscale de la France - une sobriété exemplaire, pour tout dire - parce que les Français, quel scandale, augmentaient les impôts au lieu de tailler dans le vif du système social.

  Ainsi, de même que la course à l'austérité n'a en fait rien à voir avec la responsabilité fiscale, l'incitation à une "réforme structurelle" n'a qu'un rapport très éloigné avec la croissance. Dans un cas comme dans l'autre, l'objectif est surtout de démanteler l'Etat-providence.

  Peut-être S&P n'est-il pas pleinement conscient de jouer ce jeu-là. Quand on navigue dans ces cercles, les choses que personne ne sait en réalité finissent par se transformer en ce que tout le monde sait. Mais ne considérez pas cette dégradation comme la preuve qu'il y a vraiment quelque chose de pourri dans la situation de la France. Il s'agit bien plus d'idéologie que d'une analyse économique solide.

     Extaits du billet du 9 novembre (traduction par le blogueur Argoul.). Billet semblant corriger un peu celui de la veille écrit à chaud.

  .«  La France a des problèmes. Le chômage est élevé, en particulier parmi les jeunes, de nombreuses petites entreprises luttent, la population est vieillissante (mais pas autant que dans de nombreux autres pays, l’Allemagne plus que les autres y compris.)

  Par n’importe par quel bout je la prenne, la France ne semble pas être trop mal par rapport aux normes européennes. Le PIB a récupéré à peu près son niveau d’avant-crise, le déficit budgétaire est assez faible et la dette à moyen terme n’est pas du tout effrayante, les projections budgétaires à long terme sont en fait assez correctes par rapport aux voisins grâce à un taux de natalité plus élevé.

  Pourtant, le pays fait l’objet de commentaires injurieux, plus qu’ailleurs. Par exemple The Economist, il y a un an, qui déclare que la France est "La bombe à retardement au cœur de l’Europe». Ou CNN déclarant que la France est en «chute libre».

  Ce billet CNN donne effectivement quelques arguments. Il fait valoir que la France est confrontée à un "béant écart de compétitivité" en raison de la hausse des coûts de main-d’œuvre. Mais voilà ce que j’observe des chiffres de la Commission européenne comparant la France à la zone euro dans son ensemble :  Il y a un peu de détérioration, mais c’est plus un flottement qu’une chute. CNN déclare également, "le déclin de la France est mieux illustré par la détérioration rapide de son commerce extérieur. En 1999, la France a vendu environ 7% des exportations mondiales. Aujourd’hui, le chiffre est un peu plus de 3%, baissant rapidement."  

   Il se trouve que presque tous les pays avancés, les États-Unis évidemment compris, ont une part décroissante des exportations mondiales (l’Allemagne est une exception); le document de recherche de la Fed de New York note que cette baisse est plus ou moins en ligne avec la baisse de la part des économies avancées dans le PIB mondial due à l’essor des nations émergentes, et il décrit la France comme plus ou moins dans les clous.

  Encore une fois, il ne s’agit pas de dire que la France est sans problème, la question est pourquoi cette nation modérément agitée attire la dégradation des notes et une rhétorique aussi apocalyptique.

  Et la réponse est évidemment politique. Le péché de la France n’est pas un endettement excessif, en particulier la faible croissance, la productivité moche (elle a plus ou moins suivi l’Allemagne depuis 2000), la faible croissance de l’emploi (idem), ou quelque chose comme ça. Son péché est celui d’équilibrer son budget en augmentant les impôts au lieu de sabrer les avantages. Il n’y a aucune preuve qu’il s’agit d’une politique désastreuse – et, en fait, les marchés obligataires ne semblent pas concernés – mais qui a besoin de preuves ?»

  Avis que ne partage pas Philippe Aghion, professeur d'économie d'Harvard, dans un billet du Monde d'aujourd'hui intitulé «  Moins d'impôts, plus de relance. Pourquoi Paul Krugman à tort. Aghiion qui était pourtant l'un des conseillers économiques de François Hollande.

« Je suis tout sauf un défenseur de Standard & Poor's. Je ne suis pas davantage un défenseur de l'ultralibéralisme ni un apôtre du démantèlement de l'Etat. Tout d'abord parce qu'il faut protéger les plus vulnérables et aider les individus à réagir aux pertes d'emplois liées à l'innovation. Ensuite, parce que l'Etat a vocation à investir dans l'économie du savoir et dans l'innovation.

  Pour autant, je suis en désaccord avec Paul Krugman…..  je ne partage pas l'idée qu'une politique de réduction des déficits uniquement par l'impôt est sans conséquence pour l'emploi et la croissance. La comparaison entre la France et des pays comme l'Australie, le Canada, les Pays-Bas, et la Suède suggère en fait exactement le contraire. Ces pays ont choisi de remettre à plat leurs missions publiques afin de réduire leurs dépenses, plutôt que de s'attaquer comme la France au problème des déficits principalement à travers une augmentation massive des impôts.

 Ces pays ont ainsi pu maîtriser leurs déficits et dettes publics sans recourir à une ponction fiscale excessive, tout en maintenant leurs investissements dans les domaines porteurs de croissance, à commencer par l'éducation et la recherche. En faisant repartir l'emploi et la croissance, ces pays ont su préserver leur modèle social et en même temps s'affranchir du pouvoir des agences de notation.

L'exemple suédois est particulièrement illustratif : une dette publique élevée (proche de 85 % du PIB), un chômage élevé, et une production en stagnation en 1990 ; ensuite une réforme radicale de l'Etat, avec en particulier les effectifs dans le secteur public qui sont passés de 1,7 million dans les années 1990 à environ 1,3 million aujourd'hui, tandis que l'emploi dans le secteur privé est passé de 2,8 millions à 3,25 millions. Ainsi, le surcroît d'activité du secteur privé a plus que compensé la contraction du secteur public.

 Ces réformes ont permis à la Suède de devenir l'un des pays les plus performants de l'OCDE, avec un taux de croissance annuel de plus de 3 % en moyenne sur les trois dernières années, et des finances publiques rééquilibrées tout en demeurant le deuxième pays le moins inégalitaire au monde.

  Plus généralement, les comparaisons internationales montrent que les ajustements reposant sur les réductions de dépenses publiques ont permis de rétablir la croissance, tandis que l'ajustement basé sur des chocs fiscaux a entraîné des récessions fortes et prolongées.

 Pourquoi une réduction des dépenses publiques améliore-t-elle le climat au sein des entreprises ? Tout simplement parce qu'elle permet de relâcher la pression fiscale, notamment sur le capital, ce qui encourage l'investissement et par conséquent l'activité économique. Dans le même temps, si supprimer des emplois publics peut avoir un effet négatif sur la demande, cet effet demeure limité si le secteur privé prend le relais. Au contraire, une augmentation des impôts réduit le pouvoir d'achat à la fois des ménages et des entreprises, d'où son impact récessif prolongé

  

 Pour finir ce tour d'horizon de l'impact de cette dégradation de note, voici l'analyse de Guillaume de Calignon dans ''Les échos'' du 12 novembre, en page 2 sous le tableau proposé ci-dessus. Extraits.

 « Ce qui est réellement demandé à la France : « Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont beau être plus endettés que la France, leurs déficits budgétaires être plus élevés, c'est sur la France que s'est abattu le courroux de Standard & Poor's. Pierre Moscovici s'en est offusqué jugeant ''que la portée, l'ampleur et la justesse des réformes économiques et sociales conduites par la France'' avaient été considérablement sous-estimées par S&P. Même le pondéré gouverneur de la banque de France, s'est laissé aller à critiquer l'agence, qualifiant l'analyse de S&P d'incomplète. Enfin pour Paul Krugman, prix Nobel, cette décision ''tient davantage de l'idéologie que d'une analyse économique défendable''

  L'agence de notation reconnait bien que les mesures prises par le gouvernement telle que le Crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE) sont positives, mais elle les juge insuffisantes et appelle à de nouvelles réformes structurelles sans préciser lesquelles. C'est d'ailleurs inutile : les organisations internationales, le FMi et l'OCDE font régulièrement des recommandations depuis au moins deux décennies. La faible flexibilité du marché du travail y occupe toujours une bonne place....... N'oublions pas que le FMI a tout de même décerné un satisfecit l'été dernier au gouvernement pour les réformes engagées. L'institution est favorable à toutes mesures qui ''baissera le coût effectif d'embauche de jeunes.'' Le niveau de dépenses publiques (53,6% du PIB cette année) est jugé pénalisant. ''Assainir les finances publiques et simplifier la structure complexe des administrations demeurent une priorité''. Malgré ces critiques, ces organismes admettent toutefois que '' la France est l'un des rares pays de l'OCDE où les inégalités de revenus ne se sont pas creusées ces dernières années." »

(A suivre)

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