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Presse aidant....... Ainsi allait le Monde en mars 2014.

4 Avril 2014 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

 

Je poursuis ma revue de Presse mensuelle, sur la base des éditos du journal le Monde ; des éditos qui le plus souvent s’intéressent à la situation internationale. En mars, le Monde a cependant, actualité oblige, consacré beaucoup d’éditoriaux à la politique française et seulement une petite dizaine sur les problèmes de politique étrangère dont cinq plus ou moins liés à la situation ukrainienne.

Les trois éditos suivants m’ont particulièrement intéressé.

 

Les nostalgie du ‘’camarade’’ Vladimir

« D'abord, appelons les choses par leur nom : la Russie vient de s'emparer de la Crimée, territoire appartenant à l'Ukraine. Elle l'a fait par la force, au mépris du droit international et de tous les traités qu'elle a elle- même signés. C'est un acte de guerre froide. Il est signé Vladimir Poutine.

Des milliers de soldats lourdement armés, sans insigne, bloquent les casernes de l'armée ukrainienne en Crimée. Ils contrôlent les deux aéroports de la région, ses grands axes stratégiques, ses dépôts de carburant…

Le Kremlin peut jouer sur toute une gamme de faux-semblants pour dire que ses forces n'ont pas franchi la frontière – même si le Parlement russe leur en a donné l'autorisation, samedi, au nom de la " protection des intérêts " de la Russie et des " populations russophones " de Crimée (très largement majoritaires). Moscou dispose sur place d'une base navale de 20 000 hommes : nul besoin d'envahir formellement.

Vladimir Poutine avait bien d'autres moyens de prendre soin des intérêts de son pays en Ukraine. Il en avait d'autres aussi pour défendre les populations russophones de l'est du pays, légitimement inquiètes d'une des premières mesures prises par le Parlement : la suppression du russe parmi les langues régionales reconnues de l'Ukraine.

Il pouvait prendre contact avec le nouveau gouvernement de Kiev, la capitale, et l'inciter à une position de compromis entre la Russie et l'Union européenne. Mais c'est ne rien comprendre à M. Poutine que de l'imaginer disposé à négocier sur l'Ukraine. Le président est un homme de la guerre froide. Il considère que la Russie " perd " l'Ukraine si un gouvernement ukrainien choisit un partenariat financier avec Bruxelles, plutôt que l'union douanière que le Kremlin veut lui imposer.

La Crimée est secondaire dans cette histoire – les Occidentaux n'y ont strictement aucune revendication. Les Russes y disposaient déjà par traité de tout ce dont ils ont besoin. La Crimée est un otage stratégique. Ce que M. Poutine poursuit, c'est une guerre de déstabilisation contre l'Ukraine pour lui interdire de conclure un accord financier avec les Occidentaux. Dans " l'étranger proche " de la Russie, la souveraineté de Kiev doit rester limitée.

Car M. Poutine pose ouvertement les Occidentaux en ennemis de la Russie : pour qui veut bien se donner la peine de la lire, c'est le cœur de la rhétorique poutinienne. Le " camarade " Vladimir n'en a pas fini avec la guerre froide. Les Occidentaux ne l'ont pas compris, qui ont laissé la Russie en 2008 dépecer une partie de la Géorgie. Le président Barack Obama ne l'a pas compris, qui a multiplié les gestes d'ouverture sans jamais rien obtenir de Moscou.

Le coup de force de Crimée n'aurait pas dû surprendre les Occidentaux. Il est dans la nature d'un homme qui se dit lui-même éperdument nostalgique de l'Union soviétique. »

 

Les Vénézuéliens dans l’impasse du ‘’chavisme’’.

« Potentiellement, le Venezuela, grand producteur de pétrole, est un pays riche. Mais quinze ans de " chavisme " l'ont mis K.-O. – économiquement et socialement. Depuis le début du mois de février, les Vénézuéliens sont dans la rue, protestant, jour après jour, contre un régime qui réussit une triple performance : gabegie, corruption et autoritarisme politique.

Le " chavisme ", c'est la doctrine héritée de l'ancien président Hugo Chavez, qui exerça le pouvoir de 1999 à sa mort, en 2013. Elle est un cocktail de socialo-souverainisme, inspiré de l'exemple cubain, et d'anti-impérialisme militant, puisant dans un vieux fonds révolutionnaire latino-américain.

Les quatorze ans de règne d'Hugo Chavez ont permis d'aider une petite partie de la population : les plus pauvres des 30 millions de Vénézuéliens ont profité d'une certaine redistribution de la rente pétrolière. Pour le reste, le " chavisme " a mis le pays à plat : économie passée sous le joug de l'Etat ; investisseurs locaux et étrangers découragés ; contrôle des prix, des changes, du commerce extérieur…

Elu en avril 2013, le successeur de Chavez, Nicolas Maduro, a fait mieux encore. En un an, il a gelé l'activité économique du pays. Il a annoncé, cette semaine, qu'il était obligé de mettre en place une carte de rationnement, à l'instar de ce que Cuba a fait il y a un demi-siècle…

Hormis le pétrole, dont il possède les plus grandes réserves du monde, le Venezuela produit de moins en moins. Il importe presque tout. Hier pays d'agriculture et d'élevage, il achète aujourd'hui plus du tiers des biens de consommation courante.

Le pays n'a presque plus de devises – un comble pour un grand exportateur de pétrole ! Les hôpitaux manquent de tout. Les coupures d'électricité sont de plus en plus fréquentes. L'inflation annuelle dépasse les 56 %, condamnant les plus pauvres à plus de pauvreté encore.

Les manifestants affrontent les milices paramilitaires du régime. Celui-ci accuse les " bourgeois " d'être dans la rue. Il se trompe. Derrière les étudiants, fer de lance de la contestation, tout le spectre de la société vénézuélienne manifeste son inquiétude pour l'avenir.

Sous la personnalisation du pouvoir à outrance qu'incarnait Chavez, l'armée n'a cessé d'accroître son emprise sur la vie politique. Le " modèle cubain " produit ici tous ses effets les plus malsains. Une économie parallèle est en place, un marché noir de trafics intérieurs et extérieurs qui profite à une petite nomenklatura sans scrupule.

A l'effondrement de l'économie s'ajoute une insécurité galopante : 25 000 homicides par an, sans compter cambriolages, agressions diverses et enlèvements. Caracas est la capitale la plus dangereuse de la planète.

Il faut toute l'attraction de l'" exotisme latino " sur certains intellectuels français pour trouver quelque charme au " chavisme ". D'autant que celui-ci, sous Maduro comme sous Chavez, brime les libertés publiques, muselle une partie de la presse et malmène toute opposition. Dans la réalité, le " chavisme " vire au cauchemar. »

 

L’inquiétante fuite en avant de M.Erdogan.

« Recep Tayyip Erdogan a eu 60 ans en février. Depuis plus d'une décennie, il est à la tête de la Turquie, quinzième économie mondiale, 74 millions d'habitants, pays clé de l'OTAN, aux portes de l'Union européenne et du chaos proche-oriental.

En principe, cela devrait amplement lui suffire et l'autoriser à prendre sa retraite. Mais le premier ministre turc, qui a fait des élections municipales de ce dimanche 30 mars un test de popularité personnelle, veut rester au pouvoir, envers et contre tout, et par tous les moyens.

Il a tort. Car, confirmant la malédiction des mandats politiques trop longtemps exercés, M. Erdogan est en passe de détruire tout ce qu'il a réussi de positif ces dix dernières années – et de torpiller son héritage. A s'accrocher ainsi, il risque fort de ruiner un bilan qui compte beaucoup de positif : de la spectaculaire transformation économique du pays à l'instauration progressive d'un début de régime démocratique, en passant par une tentative de paix avec les Kurdes de Turquie.

L'ivresse du pouvoir a fini par faire transparaître chez le chef du parti islamo-conservateur AKP une nature intolérante, paternaliste, bref une tendance à gouverner comme un pacha. Il ne supporte plus la moindre critique. Il a réagi avec brutalité aux manifestations de l'été 2013 à Istanbul. Il met sur le compte de complots divers – ourdis par les Etats-Unis, la communauté juive, les banquiers, l'Union européenne et, plus récemment, les réseaux sociaux – toutes les difficultés qu'il rencontre. Et elles sont nombreuses.

Le problème de Recep Tayyip Erdogan est qu'il pense que la démocratie se réduit aux élections. Après, pleins pouvoirs au vainqueur, et tant pis pour les autres composantes essentielles que sont la liberté de la presse, l'ancrage de l'Etat de droit, l'indépendance de la justice.

M. Erdogan ne sait pas, ou feint d'ignorer, que la démocratie, c'est comme un kebab raffiné : il ne suffit pas de choisir les bons ingrédients ; tout est, ensuite, dans la cuisson lente, qui respecte la saveur de chacun d'eux, du riz épicé aux tomates très légèrement grillées.

Pour d'obscures raisons, il est entré, il y a deux ans, en conflit avec l'un de ses vieux alliés dans la mouvance islamo-conservatrice, l'imam Fethullah Gülen. Ils s'affrontent en manipulant police et justice. Twitter et YouTube, que M. Erdogan entend faire taire, servent à livrer au public, enregistrements et documents divers, plus ou moins crédibles, dénonçant la corruption de l'entourage du chef du gouvernement. Lequel répond en épurant la police et la justice de milliers de fonctionnaires plus ou moins suspects.

Ce climat détestable ramène la Turquie à ses vieux démons et exacerbe la rhétorique de guerre civile du premier ministre : tous ceux qui sont contre lui sont des traîtres. En fonction du résultat des élections municipales de dimanche, M. Erdogan choisira ou non de se présenter à l'élection présidentielle de l'été ou d'aller à la fin de son mandat, en 2015.

Pour l'heure, et même s'il reste populaire, il divise la Turquie, il ébranle les débuts de l'Etat de droit dans son pays, et il finira aussi par miner le dynamisme de son économie – et la confiance d'investisseurs étrangers, dont il a grand besoin pour financer la dette turque. Formidable gâchis et inquiétante impasse. »

 

J’aurais pu aussi reprendre les éditos suivants, dont je recommande  la lecture:

http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2014/03/06/lecons-ukrainiennes_4378883_3232.html

http://abonnes.lemonde.fr/a-la-une/article/2014/03/18/face-au-forfait-russe-l-europe-sans-force_4384955_3208.html

http://abonnes.lemonde.fr/a-la-une/article/2014/03/14/damas-kiev-la-nouvelle-guerre-froide_4383113_3208.html

http://abonnes.lemonde.fr/libye/article/2014/03/19/la-libye-trois-ans-plus-tard-un-pays-a-l-abandon_4385568_1496980.html

http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2014/03/21/washington-moscou-grand-coup-de-froid_4387271_3232.html

http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2014/03/26/l-egypte-a-l-heure-de-la-restauration-brutale_4390070_3232.html

 

 ( A suivre)

 

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