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Presse aidant........La crise jusqu'au bout......

26 Mars 2013 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Après un week-end inquiétant pour la bonne santé de notre démocratie et un climat malsain de remise en cause de la légitimé du pouvoir que ce soit pour des questions sociétales, judiciaires, sociales ou économiques et comme j’ai l’impudence de penser que tout est lié j'estime que, dans l’ensemble des graves sujets qui ont fait les gros titres de l’actualité ces derniers jours, c’est la question économique et en d'occurrence européenne-chypriote qui est la plus importante… Les autres accès de fièvre ne sont que les résultantes d’une crise qui perdure et des peurs qu’elle engendre.

Aujourd’hui je ressens la nécessité de mettre par écrit ce que je sais ou crois comprendre de cette crise qui est en train de nous tuer à petit feu.

Pour faire ce billet je m’appuie sur divers articles du Monde, des Echos et d’Alternatives économiques pour faire, en résumé, un historique de cette crise exceptionnelle. D’où vient-elle et comment en est-on arrivé là ?

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Je complète cette analyse par des points de vue de l’économiste néo-keynésien américain, Paul Krugman, prix Nobel d’économie 2008 ; avis extraits de son dernier livre « Sortez-nous de cette crise maintenant » en récente édition de poche reprenant l'essai paru en février 2012, actualisé par une préface de mars 2013. Les éléments retenus (en vert) proviennent essentiellement du chapitre 10 ainsi que de la préface pour le paragraphe qui suit :

« En Europe les marchés financiers se sont quelque peu apaisés (ces derniers mois) mais l’économie réelle a continué de se dégrader dans la majeur partie du continent. Plus particulièrement, la situation déjà terrible en Europe du sud s’est encore aggravée….. Courant 2012, la zone euro dans son ensemble est retombée dans la récession….. La persistance et l’aggravation de la dépression européenne ne constituent pas seulement une tragédie humaine : elles sont aussi terrifiantes par leurs implications politiques….. Un peu partout, des mouvements ouvertement fascistes (ou populistes) gagnent de l’influence…. Nul ne sait où se trouve le point de rupture, mais des relents des années 1930 sont trop forts pour demeurer ignorer… »

 Avec la décision de créer l’euro au 1er janvier 1999, c’est une zone de convergence qui fut établie, avec mise en circulation de la monnaie le 1er janvier 2002 . Tous les Etats, de cette union monétaire, quelque soit leur capacité économique, pouvaient ainsi emprunter sur les marchés à des taux d’intérêt quasiment identiques ; les investisseurs achetaient presque indifféremment de la dette allemande ou grecque. A leurs yeux seul comptait alors le label ‘’zone euro ‘’. En fait l’euro cachait  alors le laxisme budgétaire et le surendettement : Laisser filer les comptes date depuis la première crise pétrolière ; la France, par exemple n’eut aucun budget en équilibre depuis 1974, et il en était de même dans tous les pays avec encore des dérapages budgétaires importants tout au long des années 2000, alors que la fin des années 90 avaient vu une certaine modération grâce à une croissance, un temps, plus soutenue ; ces dérapages étaient  même encouragés par les faibles taux d’intérêt qui étaient alors demandés et cela s’accentua malgré le pacte de stabilité qui avait été mis en place, l’Allemagne et la France, étant, d'ailleurs, les premiers à s'affranchir de ses contraintes. 

La création de l’euro a aussi et surtout privé les pays de l’union monétaire de l’arme de la dévaluation et comme les cours de la devise européenne s’avéraient, hors Allemagne trop élevés pour beaucoup de pays européens, leur compétitivité s’en trouvait fortement affectée, accroissant du coup leurs déficits commerciaux et ce d’autant qu’ils n’ont pas mené de réformes structurelle pour améliorer leurs situations, à l’exception de l’Allemagne de Schroeder.

En parallèle d’autres phénomènes se produisaient dans le monde de la finance et notamment outre-Atlantique : En 2001, la banque centrale américaine (Fed) réduisit très fortement le coût du crédit, permettant aux classes moyenne d’accéder plus facilement à la propriété. Les prix de l’immobilier s’envolèrent. Les banquiers ciblèrent, ensuite, les ménages à très faibles revenus à travers des prêts appelés « subprimes » en calculant leur capacité d’emprunt sur la valeur de la maison achetée : un système qui a fonctionné tant que les prix augmentaient….

A partir de 2007, des ménages américains ne parvenaient plus à rembourser leurs dettes. Problème, ces « subprimes » avaient été assemblés dans des produits financiers sophistiqués, ensuite revendus à d’autres investisseurs, notamment hors des Etats-Unis. Cela mis en difficulté un grand nombre d’établissements financiers et provoqua une crise de confiance généralisée qui atteignit son paroxysme le 15 septembre 2008, avec le faillite de la banque américaine Lehman Brothers.

  La crise financière affecta durement l’économie réelle, le crédit se raréfiant les entreprises réduisant leurs investissements, les ménages consommant moins…. Une situation qui poussa les gouvernements du monde entier à multiplier les plans de relance économique, avec un recours accru à la dépense publique. De quoi affecter un peu plus des comptes publics déjà dégradés dans certains pays par le sauvetage des banques.

Par ailleurs, chaque pays avait ses propres faiblesses structurelles : Ainsi l’Espagne qui a vu depuis le début des années 90, sa croissance presque exclusivement reposé sur le secteur du bâtiment, au point de construire des édifices pharaoniques aujourd’hui inexploités ou non vendus. En 2007, juste avant que la bulle immobilière n'explose, l’Espagne mettait en chantier plus de 700.000 logements par an (plus que les Etats-Unis), pour retomber depuis à moins 100.000 logements/an.

« …. l’Espagne a été maintenue à flot pendant l’essentiel de la dernière décennie par un immense boom immobilier, financé par d’importants flux de capitaux venus d’Allemagne. Ce boom a alimenté l’inflation et a fait grimper les salaires espagnols par rapport aux salaires allemands. Mais il s’avère que cet essor était une bulle, et celle-ci a éclaté. Il faut alors que l’Espagne réoriente son économie, qu’ellese détourne du bâtiment au profit de l’industrie. Sauf qu’à ce moment précis, l’industrie espagnole n’est plus compétitive parce que les salaires espagnols sont trop élevés par rapport à ceux des Allemands. Comment l’Espagne peut-elle retrouver sa compétitivité ? Elle peut chercher à persuader ses travailleurs d’accepter des salaires plus bas ? Difficile à mettre en œuvre ! Et pourtant…. c’est la seule façon d’y parvenir puisque l’Espagne et l’Allemagne partagent la même monnaie. Si l’Espagne possédait sa propre monnaie, il lui suffirait de dévaluer pour réajuster ses salaires au bon niveau. En passant de 80 pesetas à 100 pesetas pour un deutschemark, sans toucher aux salaires espagnols en pesetas, on réduit d’un coup les salaires espagnols de 20% par rapport aux salaires allemands…. Mais l’Espagne, et d’autres pays ne possèdent plus de monnaie propre. Cela signifie que pour remettre leurs coûts à niveau, ils vont avoir à traverser une longue période de très fort chômage, assez longue pour grignoter les salaires…»

 La Grèce avait pour spécificité d’être frappée d’une très forte fraude fiscale (en 2009, plus de 60% du déficit budgétaire), une administration et des partis politiques clientélistes, une industrie peu développée, un Etat de droit fréquemment bafoué. A la suite de l’alternance politique à Athènes en octobre 2009, le nouveau gouvernement socialiste grec annonçait un déficit public bien plus élevé qu’attendu. Echaudés et affolés, les marchés financiers réclamèrent alors des taux d’intérêts de plus en plus élevés pour prêter des fonds à la Grèce. Le pays se retrouva dans une situation intenable au printemps 2010, obligeant les autres membres de l’union monétaire et le FMI à voler à son secours à travers des prêts à trois ans.

 Les marchés se méfiant dès lors des ‘’maillons faibles’’ de l’euro, des plans d’aide à l’Irlande, au Portugal puis à l’Espagne allaient suivre plus le dernier, ce matin, à Chypre :

Mai 2010, Premier plan d’aide à la Grèce de 110 milliards d’euros. Novembre 2010 : Plan d’aide à l’Irlande de 85 milliards d’euros. Mai 2011 : Plan d’aide au Portugal de 78 milliards d’euros. Mars 2012 : Deuxième plan d’aide à la Grèce de 130 milliards d’euros auquel s’ajoute l’effacement d’une partie de la dette grecque détenue par des banques, assureurs et fonds de pensions d’un montant de 160 milliards. Juin 2012 : Plan d’aides à l’Espagne de 100 milliards d’euros et enfin aujourd’hui un plan d’aide de 10 milliards d’euros pour Chypre, le plus petit PIB de la zone Euro, qui devra s’accompagner de terribles contraintes d’assainissement de ses finances et son statut de paradis fiscal et de lessiveuse d'argent sale.

En contrepartie de ces prêts l'Eurogroupe et le FMI exigent des receveurs la mise en place de politique de rigueur pour revenir à l’équilibre budgétaire. Des politiques d’austérité que ce sont auto-administrées d’autres Etats en difficultés (dont la France depuis 2011). Mais ces mesures d’économies peuvent se montrer contre-productives en affectant la croissance, la consommation les investissements, en diminuant les rentrées fiscales et augmentant le chômage. Cette crise de la dette fait replonger la zone euro dans la récession en 2012. 

Après avoir longtemps misé principalement sur l’austérité les dirigeants européens commencent à envisager de relancer avec prudence la croissance (attention à l'inflation principal soucis de Berlin) , mais ils divergent encore sur les priorités : Réformes de structure où relance des investissements.

« ….A voir les ennuis que connaît aujourd’hui l’euro, on est tenté de se dire que les euro sceptiques avaient raison quand ils affirmaient que le continent ne se prêtait pas vraiment à l’adoption d’une monnaie unique …. Faut-il alors que les pays européens aujourd’hui dans le pétrin fassent simplement demi-tour et reviennent à leur monnaie respective ?

Pas nécessairement car tout pays donnant le sentiment de vouloir quitter l’euro connaîtrait immédiatement une immense panique bancaire, et ce retour créerait de considérables problèmes pour réinterpréter des dettes et des contrats libellés en euros. En outre, une volte-face sur l’Euro constituerait une défaite politique terrible pour le projet européen dans son ensemble, d’unité et de démocratie par l’intégration économique, un projet qui revêt beaucoup d’importance pour l’Europe mais aussi pour le reste du monde.

Il serait préférable de trouver un moyen de sauver l’euro. Comment faire ?

D’abord, et de façon très urgente il faut que l’Europe mette fin aux crises de panique. Il faut absolument trouver de garantir les liquidés nécessaires, comparables à celles des pays qui empruntent dans leur propre monnaie.

Deuxièmement les Etats dont les coûts et les prix sont largement sortis des rails doivent disposer d’une voie praticable de retour à la compétitivité. A court terme il faut que les pays excédentaires deviennent source d’une forte demande pour les exportations des pays déficitaires. Il faudrait aussi qu’elle comporte une inflation modérée mais significative dans les pays excédentaires…. Tout cela revient à ce que la BCE conduise une politique monétaire très expansionniste et à ce que l’Allemagne et quelques autres pays plus petits engagent une relance budgétaire.

Enfin les pays qui connaissent de réelles difficultés d’endettement et de déficit, vont devoir se soumettre à une bonne dose  d'austérité prolongée pour remettre de l’ordre dans leur budget…. »

 Pour en revenir à la dernière crise, celle de Chypre voici ce qu’on pouvait lire ce matin dans les Echos, et donc écrit avant le dénouement :

«…. Chypre n’est sans doute pas juste une économie de Casino, comme l’a dénoncé Pierre Moscovici, mais comme l’Islande, L’Irlande ou même l’Espagne, elle a cru à l’argent facile, grâce à une faible taxation, des contrôles peu strictes, une régulation nulle, des projets immobiliers spéculatifs … »

Un accord a été trouvé au petit matin avec le gouvernement chypriote :

Editorial du Monde du 26 mars 2013. «  …..Le cinquième plan d'aide internationale décidé en faveur d'un Etat de la zone euro au bord de la faillite a confirmé la règle. Après la Grèce, l'Irlande, le Portugal et l'Espagne, il a fallu attendre l'aube bruxelloise, lundi 25 mars, pour que l'Eurogroupe entérine un plan d'assistance en faveur de Chypre.

Comme lors des précédents, il s'agit d'un appui apporté à la fois par le Fonds monétaire international (FMI) et les Européens. En contrepartie d'un prêt de 10 milliards d'euros, Nicosie s'engage à une réduction drastique de son secteur bancaire. Le gouvernement ferme la deuxième banque du pays, Laiki ; les détenteurs de créances et de fonds de plus de 100 000 euros vont subir d'énormes pertes.

Le Parlement chypriote avait, la semaine dernière, rejeté un premier plan d'aide. Il comprenait notamment une taxe sur les dépôts bancaires de moins de 100 000 euros. Elle frappait les moins fortunés des déposants. Elle donnait l'impression qu'on s'attaquait à la garantie que les Etats accordent aux dépôts bancaires jusqu'à 100 000 euros. Elle aurait pu provoquer une panique bancaire dans toute l'Europe.

Le FMI et les Européens l'ont abandonnée. Ils obtiennent, en retour, l'assainissement impitoyable d'un secteur bancaire hypertrophié, au coeur d'une économie en faillite : paradis fiscal peu regardant sur la provenance de fonds - notamment russes -, qui furent ensuite massivement, et malencontreusement, investis en dette grecque !

On pardonnera aux Européens la bourde de la semaine passée. Elle n'est pas seulement le reflet d'un mauvais fonctionnement institutionnel. Elle témoigne, et c'est plus grave, de l'invraisemblable difficulté, pour ne pas dire impossibilité, qu'il y a à gérer une zone monétaire comprenant des économies aussi asymétriques que l'allemande et la chypriote. L'aberration, c'est Chypre dans la zone euro - pas le reste, qui doit concilier les intérêts d'un casino méditerranéen et ceux des contribuables allemands.

L'affaire chypriote confirme, au minimum, l'urgente nécessité d'une supervision commune des banques de la zone. »

 

(A suivre)

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