Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Presse aidant....... Suivi de la crise syrienne par les éditoriaux du Monde.

3 Septembre 2013 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

 De retour d’une semaine élargie de vacances dans le sud du pays, dans un triangle géographique compris entre Aurillac, Martigues et Toulouse, et consacré à la famille je n’ai guère eut le temps de lire les rares journaux achetés ni de me connecter sur la site du Monde.

  De retour donc à la maison, j’ai relu vite fait l’éditorial de Laurent Joffrin dans le Nouvel Obs. : « Faire plier le tyran. L’abstention occidentale délivrerait à tous les dictateurs de la terre un passeport pour la barbarie. Elle ruinerait en grande partie la crédibilité des démocraties sur la scène internationale. Il ne s’agit pas seulement d’humanité mais de realpolitik…. ».

  J’ai aussi ressorti le Libération du 23 août  qui mettait à la ‘’Une’’ Syrie l’impunité : Hollande a dénoncé, hier l’usage probable d’armes chimiques durant le massacre de la Ghouta. L’ONU n’avait, hier, toujours pas sanctionné le régime d’Al Assad. Le bilan s’élèverait à 1300 morts. »

  Le Libération  d’hier, 2 septembre, changeait brutalement  de ton «  Syrie : Obama piège Hollande, acolyte unique des Etats-Unis, se retrouve soumis à la décision du Congrès américain, alors que le Parlement ne votera pas sur les frappes…. »

  Je me suis alors reporté sur les articles du Monde et notamment ses éditoriaux : Celui de cet après midi, mardi 4 septembre, montrait également un changement de paradigme par rapport à ce que j’avais pu lire auparavant, mais avant de revenir quelques semaines en arrière je reprends, in extenso, ce dernier éditorial. 

 

« Editorial du 3/9/2013 : Le cas syrien et la nécessité d'un vote du Parlement

  Cela paraît relever de l'évidence démocratique : le Parlement devrait non seulement débattre, mais se prononcer par un vote sur l'éventuelle participation de la France à une intervention contre la Syrie. Droite, centristes, Verts ou communistes, beaucoup le réclament.

  Ils invoquent l'exemple de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis. Voilà quelques jours, le premier ministre, David Cameron, s'est incliné devant un vote des Communes hostile à un engagement britannique. Quant au président Obama, il a décidé de soumettre son initiative au Congrès. Peut-on faire moins à Paris ?, plaident les bons esprits.

  Disons-le tout net : s'il peut être un devoir politique, qui incombe au seul chef de l'Etat, un vote du Parlement ne saurait être un droit automatique.

  Pour une raison bien simple : la Constitution l'exclut, sauf en cas de " déclaration de guerre ". La révision constitutionnelle récente - 2008 - a précisé la règle en cas d'intervention des forces armées à l'étranger : " Le gouvernement informe le Parlement de sa décision, au plus tard trois jours après le début de l'intervention. Il précise les objectifs poursuivis. Cette information peut donner lieu à un débat qui n'est suivi d'aucun vote. "

  On ne saurait être plus clair : devoir d'information et d'explication, oui ; droit de vote, non. Celui-ci ne s'impose que pour autoriser la poursuite d'une intervention au-delà de quatre mois. Chacun peut juger cette règle archaïque et fort peu démocratique. Ce n'est pas une raison suffisante pour modifier la Loi fondamentale du pays au gré des circonstances et des humeurs.

  Pour autant, rien n'interdit au président de la République et au gouvernement de consulter le Parlement et de lui demander de s'exprimer par un vote. François Mitterrand et Michel Rocard l'ont fait en 1991, avant l'engagement français dans la première guerre d'Irak. Lionel Jospin s'y était refusé en 2001, lorsque la France a participé à la coalition contre le régime des talibans en Afghanistan.

  Dans le cas de la Syrie, aujourd'hui, François Hollande serait bien inspiré de suivre l'exemple de 1991. Pour trois raisons. D'abord, à l'instar du président américain, il peut estimer qu'un vote du Parlement serait un utile exercice de pédagogie nationale et donnerait à sa volonté de " punir " le régime syrien davantage de force.

  Ensuite, le chef de l'Etat ne peut plaider l'urgence, contrairement à l'intervention au Mali, qui supposait, pour réussir, une réactivité immédiate du chef des armées. La décision de M. Obama de consulter le Congrès lui donne le temps d'organiser non seulement le débat prévu le 4 septembre, mais un second débat - et un vote - un peu plus tard.

  Enfin, avant la seconde guerre d'Irak, en 2003, M. Hollande, alors premier secrétaire du PS, avait demandé un vote du Parlement sur la résolution de l'ONU qui allait servir de base à l'intervention américaine. Et s'il n'avait pas évoqué une nouvelle révision de la Constitution, M. Hollande candidat avait promis, le 11 mars 2012, " un dialogue approfondi avec le Parlement " en cas d'opérations extérieures. C'est l'occasion ou jamais d'engager un tel dialogue. »

 

 J’ai du mal à me retrouver complètement sur la ligne de ce dernier éditorial du Monde.  Oui, en démocratie il vaut obtenir l’accord des parlementaires ! Mais le risque n’est–il pas important d’un refus ? Notamment si la coalition n'a pas mandat de l'ONU.... et d'ailleurs moi aussi je suis très hésitant. Le Monde ces dernières semaines me semblait plus déterminé et jusque là, sans être un ''va t'en guerre''  j’étais plutôt  en phase avec les précédents éditoriaux...... Ne pas laisser les actes criminels impunis et se perpétuer..... 

 

 Retour en arrière donc, en commençant avec l’éditorial du jeudi 6 juin 2013, à tonalité plus virulente, reporté ci après  toujours in extenso, comme le seront encore deux autres..

 

« Editorial du 6/6/2013 : Syrie : on ne pourra plus dire que l'on ne savait pas

  La preuve en est désormais apportée. De manière scientifique et irréfutable. Des armes chimiques ont bel et bien été employées en Syrie : des agents de la catégorie des substances prohibées par la convention sur l'interdiction des armes chimiques, datant de 1993. Le régime de Bachar Al-Assad a eu recours, lors d'attaques contre l'opposition armée et la population dans laquelle celle-ci se fond, à des gaz toxiques contenant du sarin, puissant neurotoxique.

  Après des mois d'hésitation ou de déclarations alambiquées des pays occidentaux, la France est devenue, mardi 4 juin, le premier Etat à faire publiquement ce constat, avec " certitude ". Le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, l'a annoncé : " La France a désormais la certitude que le gaz sarin a été utilisé en Syrie à plusieurs reprises et de façon localisée. " Il a ajouté que, dans un cas précis et documenté, il n'y avait " aucun doute " que " le régime et ses complices " étaient responsables du crime.

  Le Foreign Office britannique a affirmé dans la foulée détenir lui aussi des preuves d'usage d'armes chimiques. A Washington, en revanche, la prudence reste de mise : le porte-parole de la Maison Blanche estime que d'autre éléments doivent encore être réunis avant toute conclusion définitive.

  La déclaration officielle française est spectaculaire. Elle est de nature à changer la donne dans le dossier syrien. Mais pourquoi une telle annonce maintenant ?

  1. Les autorités françaises peuvent alléguer ne pas avoir disposé plus tôt - c'est-à-dire avant ces derniers jours - d'éléments suffisamment probants. Il est permis d'en douter. Alors que les signaux d'emploi d'armes chimiques se multipliaient depuis l'année dernière et que ce sujet mobilisait les moyens considérables de services de renseignement de plusieurs pays occidentaux - tout porte à croire qu'il y a eu, en particulier de la part de l'administration Obama, une volonté de temporiser. L'objectif étant de ménager une relance de la diplomatie par la préparation d'une conférence dite " Genève 2 ". Le dossier chimique venait compliquer singulièrement cette stratégie nécessitant une étroite coopération avec les Russes.

  2. Les autorités américaines semblent avoir en conséquence demandé à leurs partenaires britanniques et français de ne pas faire de déclaration définitive susceptible d'entraver des pourparlers. D'autant que les déclarations faites depuis l'été 2012 par Washington, Londres et Paris, indiquant que le recours aux armes chimiques pourrait déclencher une intervention en Syrie, risquaient de placer les uns et les autres devant de considérables contradictions, voire des reculades avérées. M. Fabius a déclaré, mercredi 5 juin, qu'il y avait " incontestablement " un " franchissement " de cette ligne.

  3. Le travail effectué par deux journalistes du Monde ayant rapporté de Syrie, dans des conditions périlleuses, des échantillons de sang, d'urine et de cheveux prélevés sur des victimes d'armes chimiques a constitué un important facteur - à la fois accélérateur et contraignant pour les autorités françaises.

  Soyons clairs sur la démarche du Monde, qui peut soulever, ici ou là, la question du rapport entre médias et Etat. L'un des faisceaux de preuves brandies par les autorités françaises repose sur les échantillons rapportés de Syrie par nos reporters. Le Monde a réalisé ses reportages à Damas de manière entièrement indépendante et clandestine, sans d'ailleurs fixer comme objectif initial une enquête sur le chimique.

  C'est en constatant sur place l'ampleur de l'utilisation de gaz toxiques que nos journalistes ont décidé qu'ils devaient tenter de sortir du pays des échantillons, destinés à être expertisés. Le Monde a ensuite décidé de confier ces échantillons aux autorités françaises. Pour une raison simple : le seul laboratoire en France habilité à établir de manière incontestable la nature des substances transportées dépend de la Délégation générale de l'armement. Le Monde a parallèlement obtenu un engagement formel, par écrit, des autorités françaises, selon lequel il aurions accès à l'intégralité des résultats des analyses.

  Le Monde considère qu'il est au service de l'établissement des faits et qu'il ne peut en aucune manière contribuer à dissimuler une éventuelle preuve de crime de guerre ou d'utilisation d'armes chimiques. Nous savions aussi que, en cas de doute sur l'authenticité des résultats qui nous seraient transmis, nous poursuivrions l'enquête. Les autorités françaises ont joué la transparence et on ne peut que s'en féliciter. Dans le cas inverse, l'affaire aurait potentiellement relevé d'un mensonge d'Etat.

  Est-ce un tournant ? La France, tout en déclarant désormais que " toutes les options sont sur la table ", renvoie le dossier à une commission d'enquête de l'ONU dont la capacité à mener à bien son travail est des plus compromises. La priorité est clairement de sauver l'option diplomatique, quelles que soient les contradictions des uns et des autres sur les " lignes rouges ". L'administration Obama agit avec, à l'esprit, comme contre-exemple absolu, la guerre d'Irak, déclenchée sans légitimité onusienne et sur la base d'allégations mensongères sur des armes de destruction massive. Mais, s'agissant du chimique en Syrie, on ne pourra plus dire, désormais, que l'on ne savait pas. »

 

Jusqu’à fin août on ne peut pas accuser la presse d’avoir oublié complètement la Syrie, même si effectivement le sujet à quelque peu quitté la première page, mais l’actualité, avec notamment la situation en Egypte, imposait d’autres titres, d'autres éditoriaux…. Lire quand même l’interview par les journalistes du Monde de Ahmed Assi Jarba le nouveau chef de la coalition nationale syrienne du général Salim Idriss, chef de l’armée syrienne libre après avoir été reçus par le Président Hollande le 24 juillet 2013.

 http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20130726/html/917238.html

  Et puis il y eut le 21 août  le massacre de Ghouta dans la banlieue de Damas et ses répercussions dans la Presse.

 

« Editorial du 21 août  Syrie : l'indignation ne suffit pas

  Un massacre de grande ampleur au gaz toxique a été perpétré en Syrie, mercredi 21 août. Le nombre des victimes demeure incertain. Il s'élèverait, selon l'opposition syrienne, à plus de 1 300 morts. Les images de dizaines de vidéos montrent des cadavres alignés, des enfants qui agonisent en suffoquant, des hommes terrassés, la bouche ouverte, les yeux écarquillés, les bras et les jambes agités de convulsions. Nulle trace de blessure par balles ou par obus sur le corps des suppliciés. Tout indique que c'est bien par l'inhalation d'un agent toxique puissant qu'ils ont succombé. Plusieurs experts en armes chimiques, ayant observé ces scènes sur écran, concluent à l'emploi probable d'une telle substance, mentionnant le sarin, que le régime syrien possède en grande quantité.

  Cette attaque constitue une escalade spectaculaire dans la guerre civile qui emporte la Syrie. En juin, la France, suivie du Royaume-Uni puis des Etats-Unis, avait affirmé que des armes chimiques avaient été utilisées, désignant le régime de Damas comme responsable. Aujourd'hui, de fortes présomptions accablent, une fois de plus, le pouvoir de Bachar Al-Assad. La Russie, soutien indéfectible du régime syrien, crie à la manipulation. Cette version, clairement, n'est pas retenue par les Occidentaux. Mais les réactions relèvent de l'attentisme : il faut d'abord établir les faits, insistent les chancelleries, qui s'en remettent à une mission d'inspecteurs de l'ONU présente en Syrie. Ce qui relève de la gageure, puisque la capacité de ces enquêteurs à se déplacer librement dans le pays est des plus relatives. Terrible symbole : le crime chimique a frappé à quelques kilomètres à peine de l'endroit où se trouvait l'équipe de l'ONU, arrivée deux jours plus tôt... Au-delà de l'horreur de ces scènes, c'est bien une cinglante humiliation des Nations unies qui vient d'avoir lieu en Syrie.

  Bachar Al-Assad est assurément un fin observateur de la scène internationale. Il a pu constater, ces derniers mois, l'atonie des réactions étrangères à des attaques chimiques " ponctuelles " et répétées, menées par ses troupes (le nombre de victimes était alors évalué à 150 au total). Il a pu en déduire qu'une " montée en puissance " ne lui attirerait pas plus d'ennuis. Le dictateur syrien capitalise aussi sur la crise égyptienne, qui a accaparé ces derniers temps l'attention internationale. Il se sent le champ libre. Il a l'appui de Moscou et de Téhéran. Les Etats-Unis et les pays européens, dont la France, qui avaient menacé en 2012 d'agir de manière décisive en cas d'emploi d'armes chimiques en Syrie, sont renvoyés à leurs paroles vides de crédibilité. Le gaz toxique vient de frapper massivement, un an presque jour pour jour après la mise en garde de Barack Obama parlant de " ligne rouge ". Face à ce qui pourrait s'apparenter à un " Halabja syrien " - référence au dernier massacre à l'arme chimique au Moyen-Orient, survenu en 1988, au Kurdistan - les paroles d'indignation ne pourront suffire. »

 

« Editorial du 26 août . Syrie : le crime de trop appelle une riposte

L'emploi d'armes chimiques à grande échelle par le régime syrien, le 21 août, dans un faubourg de Damas, ne fait guère de doute. Les déclarations successives venues de Paris, de Londres et de Washington convergent : c'est le constat unanime d'une utilisation d'armes de destruction massive au cœur de la guerre civile syrienne. Les cyniques ou pseudo-réalistes considérant que l'on n'en était plus à une atrocité près dans ce conflit auraient tort de minimiser la signification de ce tournant.

Certes, le régime de Bachar Al- Assad avait déjà tiré des missiles Scud contre sa propre population. Certes, le conflit avait déjà dépassé les 100 000 morts. Certes, les rangs de la rébellion armée ont été en partie investis par des groupes d'obédience djihadiste. Le long pourrissement du dossier syrien aura conduit à cela. Deux années de conflit qui ont laissé inopérants tous les efforts diplomatiques. Un bain de sang dont les images et les récits venaient à intervalle régulier choquer les consciences, mais dont le tableau général avait fini par accréditer l'idée que mieux valait ne pas trop s'en mêler...

Or, ce qui vient de survenir en Syrie dépasse largement le seul cadre de ce conflit, et même le périmètre du Moyen-Orient. Car l'emploi d'armes de destruction massive signifie qu'un tabou est brisé. La crédibilité des pays occidentaux, qui avaient parlé à des degrés divers de " ligne rouge ", est en jeu. Pas seulement. Toute la perspective d'un XXIe siècle doté d'un minimum d'organisation internationale qui est aujourd'hui testée.

L'attaque chimique survenue à La Ghouta constitue le premier emploi d'ampleur de telles substances depuis la signature en 1993 de la convention d'interdiction des armes chimiques. Ce texte était une réaction au massacre d'Halabja : le meurtre par le gaz de milliers de villageois au Kurdistan irakien, en 1988. L'horreur chimique de la première guerre mondiale avait conduit, en 1925, au protocole de Genève interdisant l'usage du gaz moutarde sur les champs de bataille. L'emploi des gaz toxiques létaux utilisés en temps de guerre tisse un fil rouge entre les horreurs du XXe siècle et celles que l'on ne peut que redouter pour le siècle actuel.

Ne pas réagir avec fermeté à l'événement chimique syrien serait ouvrir la voie à l'ensauvagement de notre ère à l'échelle mondiale. Nul ne pourrait alors prévoir quels fanatismes ou quelles tyrannies, demain, recourraient à leur tour à des armes de destruction massive, pensant qu'ils ne s'exposeraient, en retour, qu'à des paroles de dénonciation.

L'affaire syrienne était depuis longtemps déjà un scandale humanitaire où l'impuissance de la communauté internationale réduisait à néant la notion de " responsabilité de protéger " les civils. Le crime chimique d'ampleur change la donne, faisant de ce dossier un enjeu de sécurité collective au sens large.

On peut critiquer le fait que la mort de centaines de Syrien tués à l'arme chimique " pèse " plus, au plan international, que celle de 100 000 Syriens victimes d'armes conventionnelles. Et pourtant le massacre de La Ghouta s'apparente à un " Srebrenica syrien ".

Les signes de préparatifs d'action militaire des Etats-Unis en Syrie se multiplient, sans que l'on sache quelle option le président Obama retiendra. Ordonnera-t-il des tirs de missiles de croisière Tomahawk à partir de navires américains croisant en Méditerranée ?

On peut se demander à quel point le positionnement des alliés des Etats-Unis, en particulier de la France, qui a parlé de la nécessité d'une " réaction de force ", pèsera dans ce choix. La France, sous François Mitterrand, rappelons-le, avait joué un rôle important dans la négociation de la convention de 1993, et elle est historiquement le pays dépositaire du protocole de Genève de 1925. François Hollande, qui doit prononcer cette semaine un discours de politique étrangère, avait déclaré, voici un an, qu'un emploi d'armes chimiques serait " une cause légitime d'intervention directe ".

En juin, la France est devenue le premier pays à déclarer sa " certitude " que des armes chimiques avaient été utilisées en Syrie. Elle venait de procéder à une analyse d'échantillons, dont certains avaient été rapportés de Syrie par des journalistes du Monde. Cette révélation, suivie de déclarations similaires faites par Londres et Washington, n'avait entraîné aucune conséquence, ni diplomatique ni militaire - si ce n'est la décision d'envoyer en Syrie une mission d'établissement des faits des Nations unies, dotée d'un mandat faible.

Si, comme François Hollande l'a indiqué lors d'un entretien téléphonique avec Barack Obama, dimanche 25 août, " une réponse commune " doit être apportée à l'" agression sans précédent " que constitue l'attaque chimique du 21 août, il faudra clarifier le degré d'implication qu'aurait la France dans un scénario militaire.

La question de la légalité internationale d'une telle action agite à raison les chancelleries occidentales. Pour en passer par une résolution de l'ONU, il faudrait trouver un accord avec la Russie sur la base de ses propres dénonciations, répétées, de tout emploi d'armes chimiques. La diplomatie russe ne peut, en principe, rester impavide face à l'entrée en jeu d'armes de destruction massive ou leur prolifération. Mais encore faudrait-il s'entendre sur la désignation du coupable, alors que Moscou a aussitôt accusé les rebelles syriens...

En cas de blocage, faudra-t-il contourner le Conseil de sécurité ? Le précédent de l'intervention occidentale de 1999 au Kosovo, conduite sans mandat explicite de l'ONU, peut être invoqué. A défaut de légalité stricte, cette campagne aérienne trouvait sa légitimité dans les multiples mises en garde adressées à Slobodan Milosevic. Une des hantises de Barack Obama est assurément de reproduire le scénario de l'Irak en 2003 : une action armée américaine privée de tout fondement en droit.

La grande différence - et cet argument pourrait être invoqué auprès des Russes - est qu'une réplique armée au crime chimique en Syrie constituerait un message fort pour tous ceux que pareille atrocité risquerait d'inspirer à l'avenir. En somme, les Occidentaux seraient obligés d'apporter l'assurance qu'il ne s'agit pas d'un prélude à un renversement de régime par une intervention militaire extérieure, épouvantail absolu pour la Russie depuis la guerre de Libye.

Une partie d'échecs semble engagée, portant sur le travail des inspecteurs de l'ONU en Syrie, qui ont subitement été autorisés par Damas à se rendre à La Ghouta. Nul doute que cette décision syrienne a été conseillée par Moscou, qui entend gagner du temps. Et que, sur le terrain, le régime syrien s'est employé à détruire, depuis le 21 août, des éléments de preuve.

Ne rien faire reviendrait à donner un blanc-seing aux crimes contre l'humanité et à ruiner l'édifice de normes internationales élevé en rempart contre l'emploi d'armes de destruction massive. Le signal envoyé indirectement à l'Iran et à la Corée du Nord serait un message de laisser-faire.

Agir de manière précise, ponctuelle et ciblée ne reviendrait pas à se précipiter dans un aventurisme militaire occidental. Mais à condition de bien anticiper la suite. L'heure de vérité sonnerait alors pour la diplomatie russe, qui pourrait difficilement se permettre de répliquer contre des navires américains. Ce serait marquer, par l'action, une limite indépassable à la violation des principes les plus intangibles sur lesquels se fondent la communauté des nations et la sécurité internationale. Ce crime de trop appelle une réponse claire et déterminée. 

 

Il y eut encore deux éditoriaux, concernant la crise syrienne, entre celui du 26 août et celui d’aujourd’hui 3 septembre.Je n'en  reporte que des extraits.  

 

« Extrait de l’éditorial du 30 août : La " diplomatie Poutine " ou la politique du pire.

En Syrie, il y a une grande puissance sur place. Elle aurait été en mesure, il y a deux ans, d'inciter Bachar Al-Assad à la modération. Elle aurait pu favoriser un dialogue entre  le pouvoir et l'opposition. Celle-ci n'était alors pas gangrenée par le djihadisme et manifestait pacifiquement - on l'a trop oublié - contre le régime baasiste.

La dite grande puissance, toujours avide de reconnaissance, aurait pu jouer un rôle éminent. Elle ne l'a pas fait. Elle a joué à autre chose : la politique du pire. Et elle porte une part de responsabilité énorme, écrasante, dans le fait que le régime syrien a violé le tabou de l'utilisation d'une arme de destruction massive.

Cette grande puissance, c'est la Russie. Elle équipe et entraîne l'armée syrienne… »

 

« Extrait de l’éditorial du 31 août : Les communes votent contre…. Blair’’.

……. C'est le traumatisme de l'épisode irakien, dans lequel l'ancien premier ministre travailliste entraîna son pays en 2003, qui explique le " no " du Parlement britannique à une action en Syrie. Ce n'est pas David Cameron, l'actuel chef de la coalition conservatrice-libérale qui a été battu. Ou, plutôt, il paye pour Tony Blair, comme M. Cameron l'a reconnu lui-même, durant le débat, en constatant " l'héritage empoisonné de l'épisode irakien ".

Ainsi coule l'Histoire - en démocratie, au moins - choisissant son moment pour l'exercice expiatoire : il fallait que le peuple, au travers de sa représentation parlementaire, renvoie la monnaie de sa pièce à un pouvoir qui l'a trompé. C'est fait.

Par 285 voix contre 272, les élus britanniques ont rejeté la motion sur la Syrie présentée par M. Cameron. Le premier ministre prônait une action " ciblée " contre le régime de Damas. Il entendait sanctionner l'emploi de l'arme chimique par les forces de Bachar Al-Assad.

  L'ensemble des députés du Labour, suivis par plusieurs dizaines de conservateurs, ont demandé à M. Cameron de " tenir compte des leçons de l'Irak ". Le premier ministre a dit qu'il se conformerait au vœu de la Chambre : il n'y a aura pas de participation de Londres à des tirs de missiles sur la Syrie….. »

 

Reprise du billet le mercredi 4 septembre : Aux dernières nouvelles il semblerait que le président Obama puisse obtenir l’accord du congrès. Il se pourrait aussi que Poutine puisse être moins intransigeant avec l’approche du G20.

Je viens de lire une tribune d’Hubert Védrine dans le Monde parut à Paris  et sur le net en début d’après-midi dont le titre est « En Syrie, c'est la crédibilité même de l'Occident qui est en jeu : Impossible de ne rien faire, mais il faudra repenser l'ordre international.»

 

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20130905/html/920734.html

 

 

(A suivre )

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article