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Presse aidant..... Un désastre républicain....

11 Avril 2013 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Absent de France pour cause de voyage en Afrique du Sud fin mars début avril, je n’ai pas suivi de près les péripéties des aveux de Jérôme Cahuzac. Ayant eu quelques difficultés à me connecter sur Internet je n’ai pas suivi l’affaire en temps réel. J’ai du trouver l’information le 5 avril au matin lors de notre passage en Swaziland, par les brèves d’Orange. Je me souviens d’avoir lâché, au petit matin, un virulent « Ah, le salaud !» qui réveilla brutalement Pilou. J’ai tout de suite réalisé que c’était grave ; comment ce type avait-il pu mentir avec un tel aplomb notamment à l’Assemblée nationale ? J’étais écœuré et inutile de préciser que cela m’a pas mal contrarié et gâché un peu  la fin de ces vacances africaines d’autant que je n’ai guère plus eu d’occasions de me reconnecter durablement ensuite, hormis et très brièvement l’avant dernier jour à Prétoria.

  De retour à Roissy mardi 9 avril, avant de prendre le train, je me suis précipité sur la presse disponible et notamment sur le plus récent hebdomadaire, « Marianne », paru 3 jours plus tôt dont je dévorai sur le quai de gare les éditoriaux et les différents articles-dossiers documentés. Putain ça décoiffait ! Surtout après une nuit quasiment sans sommeil et un semblant de réveil sans gant de toilette ni coup de peigne, ça décoiffait vraiment !

 « Notre colère par Nicolas Domenach et Maurice Szafran : François Hollande a fait une colère ! S’imagine-t-il que nous devrions nous en satisfaire ? Le président a été humilié. Blessé. Trompé. Cocu, et pas content. ’’….’’ Ce courroux télévisé, c’était bien le moins que le président pût manifester. Mais nous ne nous contenterons pas de cette parade d’impuissance furieuse qui n’a en rien calmé notre colère, comme celle d’une immense majorité des français qui se sentent floués, ridiculisés, baladés, et pas seulement par Jérôme Cahuzac ! ’’.... 

….’’ Car ce n’est seulement la tromperie d’un membre du gouvernement qui nous enrage. Non ce qui nous enrage d’abord, c’est que Cahuzac était en charge, précisément, d’incarner et de faire respecter la rigueur toujours plus rigoureuse. La vertu civique qu’on exigeait toujours plus vertueuse sinon sacrificielle, c’était lui !’’…..

….’’ Jérôme Cahuzac provoque en nous tous une déflagration, car le hollandisme a laissé se dégrader un peu plus encore un climat déjà explosif. Ce qui nous atteint au plus profond ? Cette affaire révèle l’absence de prise en compte des crises multiples que subit ce pays et des réponses que le nouveau pouvoir se doit d’apporter. Au plus vite. Au plus fort. Sans plus hollandiser….’’

….’’ Pourquoi ne pas avoir impulsé une grande loi de la moralisation de la vie publique, chacun convenait avant l’élection (mais c’était avant…) qu’on ne sortirait de la crise que par le haut, qu’on ne réussirait la mutation salvatrice qu’en rétablissant la confiance entre les citoyens et leurs représentants. Il fallait une nuit du 4 août ’’…. ’’Pourquoi les conflits d’intérêts n’ont-ils pas été balayés ?.....Comme si l’on pouvait différer la moindre tentative de réconciliation entre le peuple et ses élus ’’….. »

 Mardi matin sur le quai de gare, en attendant le TGV qui me ramènerait chez moi, j’aurais signé…… et je persiste.

  Tout au long de la semaine je fus à l’écoute de l’actualité et surtout je suis revenu sur les journaux que je n’avais pas lus pendant une dizaine de jours, notamment le Monde en version électronique auquel je suis abonné mais que je n’ai jamais pu ouvrir en Afrique du Sud, même les rares jours où j'ai me connecter sur Internet.

  Je dois bien avouer que, sans mettre ma main à couper, je croyais à l’innocence de Cahuzac. Non pas par une croyance aveugle que les pourris sont tous de droite ; là aussi le rapport est sensiblement, comme pour les élections aux alentours de 50/50, avec des proportions plus importantes selon l’exposition au pouvoir et donc pour les vingt dernières années une droite plus exposée au niveau de l’Etat et une gauche plus vulnérable dans les collectivités territoriales. Ce qu’on a su mi-décembre de cette affaire et son côté rocambolesque avec un seul indice, un enregistrement téléphonique suspect (quand on connait les talents d’imitation dans notre pays ce n'est guère probant) et en supplément des rivalités locales politiquement variables, les suites d’un divorce et mes habituelles réserves vis-à-vis d’organes de presse comme Médiapart ou le Canard enchainé, etc…., je n'y croyais pas alors.... présomption d’innocence oblige…

  Mes premiers doutes, mes premières craintes devrai-je dire, sont assez récents, du 19 mars  lorsque Hollande démissionna Cahuzac après sa mise en accusation par la justice pour blanchiment de fraude fiscale. J’avais donc peut-être été naïf !

  L’aveu de Cahuzac qui, il y a peu encore, proclamait, jurait solennellement son innocence à l’assemblée, est un vrai séisme pour nos institutions républicaines.

Cahuzac

 «…’’Comment a-t-il pu, auparavant accepter des responsabilités qui supposent une insoupçonnable intégrité ? Qu’elle sentiment d’impunité l‘habitait ? Quelle irresponsabilité l’aveuglait ?....’’..  

…’’…. François Hollande n'a, formellement, rien à se reprocher. Adepte de la "République exemplaire ", le président de la République a agi avant même la mise en examen de Jérôme Cahuzac. Il lui a appliqué, lors de l'ouverture de l'information judiciaire, un protocole qui vaut pour tous les membres de son gouvernement : " Tout ministre concerné par une procédure judiciaire doit quitter le gouvernement."… Mais aujourd'hui, lui et son premier ministre n'échappent pas au soupçon. Soit ils savaient et "c'est un ne songe d'Etat ", accusent les membres de l'UMP et une partie de la gauche. Soit ils ne savaient pas et n'avaient aucun élément, comme l'assure Jean-Marc Ayrault, et cela passe pour de l'amateurisme, de la naïveté à un moment particulièrement délicat pour le chef de l'Etat et le gouvernement, qui paraissent impuissants à combattre l'ampleur des crises qui s'abattent sur le pays. Le Monde du 4 avril  

  Selon ce que j’ai lu dans ma revue de presse rétrospective, il semble bien que Cahuzac ait été acculé aux aveux, ce qui rend sa repentance et ses remords, notamment formulés sur son blog, comme peu sincères. Ce serait le 26 mars que l’ancien ministre aurait avoué à son avocat avoir eu un compte en Suisse et celui-ci lui a alors signifié qu’il ne pouvait plus continuer à le défendre. Cahuzac essaya de changer d’avocat : il a contacté Me Jean Veil, qui accepta en lui conseillant de négocier avec les magistrats. Il se présenta donc aux juges le 2 avril, sans en avoir au préalable informé le Président Hollande, et passa aux aveux reconnaissant la détention d’un compte à l’étranger d’un montant de 600.000 euros, compte qui n’avait pas été abondé depuis une douzaine d’années. Cet argent proviendrait des revenus de sa clinique et des missions de consultant pour l’industrie pharmaceutique. Il indiquait également aux juges avoir donné les instructions pour que cet argent soit rapatrié sur son compte bancaire en France. Ce blanchiment d’argent correspondrait à une fraude fiscale d’environ 30.000 euros selon son avocat Me Veil. L’ancien ministre encourrait malgré ses aveux et ce rapatriement d’argent cinq ans de prison et 375.000 euros d’amende.

Reste à savoir les conséquences pour le gouvernement et plus particulièrement pour son ministre de tutelle Pierre Moscovici, à un moment crucial, où la faiblesse de la croissance économique rend difficile mais indispensable de ramener le déficit budgétaire à moins de 3% fin 2014 et surtout d'inverser la tendance de l’endettement avant la fin du quinquennat sans dépasser le seuil de 100% du PIB annuel…. Et sans oublier que l’absence de politique cohérente des gouvernements précédents avait fait passer d’un endettement ''normal'' (Gouvernement Jospin ) à 59% du PIB  fin 2001, inférieur au seuil maximal de Maastricht, à 89% du PIB fin 2012 (Après 10 ans de gouvernements de droite et ce surtout durant les cinq dernières années). Quel héritage pour les prochaines générations !  

« …..Le candidat François Hollande avait pendant la campagne promis une ‘’République exemplaire’’. La voila, aujourd’hui, en faillite. Et lui sèchement interpellé par une droite qui n’a pourtant guère de leçons à donner sur ce terrain ‘’…..’’ La responsabilité du président est, aujourd’hui, d’y répondre. Elle est immense. Elle est immédiate. Mais elle s’impose à François Hollande s’il veut éviter au pays des catastrophes politiques et une régression démocratique plus grave encore..’’…Editorial du Monde du 4 avril. ».

      Mercredi 10 avril le président de la République a annoncé un arsenal de mesures visant à renforcer les obligations de transparence des élus et des principaux responsables administratifs et pour lutter contre la fraude fiscale. On peut avoir des doutes sur l’efficacité de telles mesures, mais on peut aussi espérer que les citoyens républicains convaincus y apporteront leur concours comme certains dirigeants de la droite l’ont fait immédiatement.

« …..on ne peut ignorer que la plupart des pays démocratiques, en Europe et au-delà, ont instauré des règles de transparence et de contrôle beaucoup plus sévères qu'en France. L'indulgence à l'égard des responsables politiques qui manquent à la plus élémentaire honnêteté est une exception française depuis trop longtemps coupable. Enfin, et surtout, il faudrait savoir ce que l'on veut. Ou bien l'on estime que la crise morale révélée par l'affaire Cahuzac est très grave et que la défiance des citoyens à l'égard de leurs élus (considérés comme " corrompus " par les deux tiers des Français, voire davantage) est insupportable, et l'on se donne alors les moyens, rigoureux et vigoureux, de lutter contre ce cancer pour la démocratie. Ou bien, pour mille prétextes, l'on renonce à cet effort de moralisation, et il ne faudra pas s'étonner, alors, d'avoir dangereusement alourdi un climat politique délétère. François Hollande a choisi. Comment lui donner tort ? » Editorial du Monde du 11 avril  »

 (A suivre)

 

Rajout du 13 avril. Comme j’ai commencé avec l’éditorial de Nicolas Domenach dans l’hebdomadaire Marianne du 6 avril, voici quelques lignes du même Domenach dans le Marianne paru ce jour : « Monsieur le Président encore un effort ! Un gros…. Ce n’est qu’un début … Continuons le débat ! On voudra croire qu’il n’a pas été inutile de manifester notre colère contre la pusillanimité de François Hollande après le krach démocratique que catalysait le mensonge Cahuzac. En session de rattrapage, le 10 avril dernier, le chef de l’Etat a montré qu’il était indispensable de hausser le niveau pour tenter d’être à la hauteur de la crise démocratique qui va de pair avec la crise économique et sociale…. »

   

Enfin et pour ceux que ça intéresse je conseille de lire dans le Point du 11 avril l’interview du philosophe Alain Finkielkraut qui est manifestement un homme de droite et qui aurait notamment soutenu Sarkozy. Dans cette interview dont le titre est Les nouveaux Robespierre, je ne reporte pas ici toutes ses réponses surprenantes notamment celles qui paraissent dédouaner Cahuzac, car je ne partage pas ce point de vue. Seule une réponse mérite réflexion c’est quand il s’en prend à Médiapart :

«…..Notre nouvel incorruptible s’appelle Edwy Plenel. Il veut arracher le masque des puissants, il veut faire la guerre à l’hypocrisie et il s’étonne aujourd’hui que Jérôme Cahuzac, n’ait pas été limogé dès la parution du premier article de Médiapart qui l’accusait. Autrement dit, il n’y a plus besoin d’enquête policière, plus besoin de procès contradictoire, plus de présomption d’innocence. Le journal vaut preuve et vaut condamnation. Cette justice en temps réel est plus menaçante pour la démocratie que la prétendue corruption généralisée de nos élites.

 

Et toujours à suivre ! 

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