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Saga guyanaise 2009...... La crique Gabriel

8 Janvier 2010 , Rédigé par daniel Publié dans #saga africa

 Gabriel a refusé de mourir enchaîné.....

 Au début du 18ème siècle les révoltes d'esclaves étaient fréquentes dans les plantations des alentours de Cayenne et le territoire qui s'étendait jusqu'au marais de Kaw, d'accès difficile, fut un refuge idéal de marronnage…. mais avant d’évoquer Gabriel, un petit retour en arrière…..

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Ce sont les indiens Arouas qui les premiers s’intéressèrent à ce lieu qu’ils appelaient  Tourémé. Certains s’y installèrent mais pour la plupart c’était un point de passage traditionnel, de rassemblement ou de pause lors de voyages ou migrations.

 Les Jésuites s’y intéressèrent à leur tour au début du 17ème siècle ; ce lieu de rencontre était une aubaine pour leurs ambitions de christianisation du continent. Ils fondèrent Roura en 1675 en construisant au pied de la montagne une chapelle. Ils se firent aussi paysans en cultivant la canne à sucre, le coton et le manioc….. ce n’était d’ailleurs pas trop difficile car l’église recommandait à ses missionnaires d’être à la fois prêtres et esclavagistes.

 En avril 1689 quatre vaisseaux de guerre accostaient à Cayenne : leur mission était de virer les hollandais du territoire qui est aujourd'hui le Surinam… cette expédition fut un retentissant fiasco, sauf pour le commandant Jean-Baptiste de Gennes qui profita du séjour pour s’intéresser à la colonie et notamment au travail des jésuites à Roura. Il souhaita obtenir une concession. Cette faveur fut acceptée et par décret royal de 1698, un comté lui fut octroyé avec  mission d’y établir un moulin et une scierie destinée à fournir les pièces de bois pour la marine. . Cette concession Comté de Gennes donna le nom à la rivière Comté.

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  La mise en valeur agricole et industrielle de la zone entraîna une forte augmentation des besoins en esclaves. Sur les terres du Comté de Gennes les révoltes et le marronnage devinrent fréquents. En 1707 un esclave noir du nom de Gabriel réussit à rassembler derrière lui une cinquantaine d’esclaves révoltés, nègres et amérindiens, hommes, femmes et enfants pour s'enfuir et se cacher dans les monts forestiers. Les fuyards s’organisèrent dans la forêt et y vécurent cachés pendant 5 ans. En 1712 une milice les retrouva et lors de l’attaque, rares furent les marrons qui purent s'échapper ; les esclaves repris furent fouettés, marqués au fer, mais graciés pour être remis immédiatement au travail.

Gabriel avait réussi à s’enfuir avec quelques partisans. La fin de l’histoire est incertaine ; selon certaines sources, il aurait été pourchassé par la milice et dans sa fuite il se serait noyé dans le marais de Kaw. Selon d’autres sources il n’aurait été repris que 18 ans plus tard, usé, malade, avec quelques rares survivants de sa communauté ….. Il aurait été, alors,  condamné à mort et, bien que déjà mourant, immédiatement exécuté …. Alors question…. était-ce bien Gabriel ce prisonnier exécuté, ou un rare survivant de la communauté qui fallait exécuter pour tuer un symbole ?

 Gabriel refusait de mourir enchaîné.....

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Le souvenir de ce noir marron résistant, fut si fort qu’on donna le nom de Gabriel à la crique ainsi qu’à la montagne qui domine le marais et où le fugitif put se cacher pendant de longues années. La plantation de Gennes fut aussi, ensuite,  rebaptisée La Gabrielle.

 Ruiné par toutes ses révoltes accompagnées de saccages de la concession, le fils de Jean Baptiste de Gennes ne réussit pas à relever l'exploitation qui fit faillite et redevint domaine royal en 1725.

 Au cours des dernières décennies avant la révolution, la culture de la cannelle, du girofle, de la muscade et du poivre furent lancées sur le domaine, sur les conseil de M. Poivre, intendant à l'ïle Bourbon (aujourd'hui La Réunion) et ce avec une certaine réussite.

 Le Marquis de La Fayette¸ voulant mettre en application ses idées sur l’émancipation des esclaves, acheta en 1786, une concession dans cette région de la  Guyane, pas très loin de la Gabrielle.
 Retenu par ses fonctions à Paris, il en laissa la gestion à des administrateurs. L’habitation prospéra et La Fayette acheta même ensuite le domaine de Gabrielle. Malheureusement, il se heurta aux autres colons sur le sort des esclaves, et des problèmes fonciers firent que l’entreprise a fini par échouer.
 De plus La Fayette, l'homme fort des débuts de la révolution, tomba en disgrâce en aout 1792. Déclaré traître à la nation et pour échapper à la guillotine, il dût s'enfuir vers la Prusse ennemie où il fut emprisonné mais sauvait sa vie ....  En 1794 tous ses biens, y compris la Gabrielle, furent réquisitionnés.…..

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Après 1848 et l'abolition de l'esclavage la plupart de ces exploitations furent fermées.
 En 1854 la plantation Gabrielle fut transformée en établissement disciplinaire, en complément aux bagnes voisins de Cacao, un lieu situé à une vingtaine de kilomètres en amont sur la rivière Comté.

 Cacao a accueilli en 1978 des réfugiés Hmong qui fuyaient, sur les boat-people, le Laos.
 Le village s’est reconstruit autour de ce peuple de paysans et la commune de Roura, dont Cacao fait parti, malgré la distance, a retrouvé ses vocations premières de carrefour des peuples et de prospérité par le travail agricole..... avec la production de fruits et légumes qui approvisionnent les marchés de Cayenne et de toute la Guyane ( Il y a aussi des maraîchers Hmongs du côté de Mana.)

 En novembre dernier, le lendemain de notre expédition dans le marais de Kaw, nous nous sommes baladés entre Roura,  Dégrad Eskol, les chutes de Fourgassié et Cacao….

Magnifique, fabuleuse région.


(A suivre)

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