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Saga guyanaise 2011..... Retour aux îles du Salut

13 Janvier 2012 , Rédigé par daniel Publié dans #saga africa

  Lors des trois semaines passées en Guyane en septembre et octobre dernier et notamment les deux dernières où, ayant terminé ma mission de consultant BPE, nous nous sommes mis au service de notre amie Gégé qui venait de nous rejoindre pour découvrir la Guyane et sa biodiversité. Après le marais de Kaw, samedi, le  lendemain de son arrivée, après Cacao et Régina le dimanche et après une journée entière, le lundi, consacrée à Cayenne et ses environs nous nous sommes embarqués le mardi matin pour les îles du Salut.

 Je ne vais pas faire une resucée du billet de 2009 intitulé "L'enfer au paradis" selon un célèbre article d'Albert Londres, aussi vais-je,  dans ce nouveau billet, accompagner des photos  de ce récent voyage par des informations à caractère historique en grande partie piochées dans un opuscule de la collection "Itinéraire du patrimoine" réalisé à la demande de la Direction régionale des affaires culturelles de la Guyane.  

 Situés face au large de Kourou, à environ 13 km, les îles du Salut, au nombre de trois, totalisent une superficie de 62 hectares : 28 ha pour Royale, 20 ha pour St Joseph et 14 ha pour l'île du Diable. Ces trois îles sont actuellement la propriété du CNES avec des mises à disposition pour la DDE et la gendarmerie.

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L'île Royale est accessible à quai par les bateaux et elle est l'île la mieux aménagée avec une auberge et des bungalows de vacances ou week-end. L'île Saint Joseph est également  abordable par les touristes mais les bateaux se tiennent à une vingtaine de mètres du rivage et les dernières longueurs sont faites, soit à la nage soit en embarcation légère. L'île du diable est interdite au public et à l'approche des bateaux. Même au temps du bagne et de Dreyfus, l'un rares résidents, les gardiens qui, par roulement, en avaient la garde, s'y rendaient en barque.

Ces trois îles furent d'abord appelées les îles du triangle. On a trouvé des vestiges de très anciennes occupations amérindiennes permanentes ou occasionnelles. On trouva aussi des traces de passages de marins ou explorateurs attirés dès le XVIesiècle par le mythe de l'Eldorado. On ne sait pas quel conquistador de passage, Belacazar, Quasada, Aguirre la colère de Dieu, ou Sir Walter Raleigh les a baptisées les îles du diable.

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Le 10 février 1763,  par le traité de Paris qui sanctionnait la guerre de sept ans, la France laissait à l'Angleterre ses possessions du Canada, des Indes et des Antilles.... La France devait se reconstruire un empire avec une ambition sur l' Amérique du sud que l'Angleterre dédaignait. La première pierre de cette entreprise initiée par le duc de Choiseul, secrétaire d'Etat à la Guerre et à la Marine,  fut connue sous le nom d'expédition de Kourou. 

 J'ai trouvé en 2008 sur le port de La Rochelle, en kiosque de librairie, un roman qui évoque cette aventure peu connue. "Kourou le rêve brisé" un très bon roman historique de Roger Altiéri. Je me souviens de la longue conversation avec l'auteur qui nous avait laissé une sympathique dédicace pour "suivre Jean-Daniel, qui avec ses parents, est allé voir si ailleurs l'herbe était plus verte et qui de fait a vécu l'enfer" ........mais cette opération fut désastreuse. Le premier navire, la Ferme, jetait en Guyane 400 personnes, pauvres diables et familles à qui on avait promis monts et merveilles. Suivaient presque immédiatement La Garonne et La Légère, deux autres navires, tout aussi chargés, et sept autres avaient déjà quitté la France . 

  L'impréparation et la cadence à laquelle se succédèrent les transports, se révélèrent vite catastrophiques. Le grand projet de colonisation tourna au désastre. Les immigrants arrivaient en flot continu et  l'approvisionnement ne suivait pas ; la faim et les fièvres emportèrent des milliers de colons. (Environ 12.000 en un an.). En 1765 on mit fin à l'expérience en faisant un tri entre les survivants en distinguant les "inutiles à la colonie" qu'il fallait renvoyer et une ou deux centaines qui pouvaient encore avoir un avenir sur place. Dans l'attente de leur rapatriement, les survivants furent alors regroupés sur les îles du Salut  qui y gagnèrent leur réputation de salubrité et définitivement leur nouvelle appellation. 

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Après le terrible échec de l'expédition de Choiseul, la Guyane, le pays mythique susceptible de receler des trésors, devint une terre maudite. Aussi l'idée d'en faire une terre de répression germa-t-elle  peu à peu.

De la fin du XVIIIe siècle au milieu du XIXe siècle les projets de déportation et de colonisation pénale se mirent à fleurir avec  comme points de chute principaux Cayenne, Sinnamary et les îles du Salut.

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  Le Directoire ouvrit la voie en expédiant douze déportés politiques, dont Barbé-Marbois, Billaud-Varenne, Collot d'Herbois, le général Pichegru, Ange Pitou, condamnés pour leur opposition au coup d'Etat du 4 septembre 1797. Plusieurs d'entre eux  s'évadèrent par le Surinam, d'autres furent graciés plus tard par Napoléon et purent rentrer. Collot d'Herbois membre du comité de Salut public mourut avant et son compère Billaud Varenne préféra s'installer en Guyane avant d'aller finir ses jours en Haïti. En 1798 arrivèrent 327 autres déportés, en majorité des prêtres réfractaires qui furent établis à Sinnamary. Beaucoup succombèrent aux fièvres et certains s'évadèrent. Ceux  qui restaient furent libérés et rapatriés en France en décembre 1799.

L'échec de ces premières expériences et les souvenirs tragiques colportés par les survivants ne découragèrent pas les gouvernements ultérieurs. Un argument supplémentaire joua  en faveur de la déportation vers la Guyane : La IIe République, en abolissant l'esclavage supprima l'abondante main-d'oeuvre gratuite indispensable au développement de la colonie et a conduit à compenser par  l'envoi en Guyane de condamnés aux travaux forcés. 

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Les premiers concernés furent les opposants au coup d'Etat du 2 décembre 1851. Puis  le décret du 27 mars 1852 décida la fermeture des bagnes portuaires métropolitains de Rouen, Brest et Toulon et l'envoi de leurs détenus en Guyane, complété par la loi du 30 mai 1854 qui institua les bagnes coloniaux. 

Un premier contingent de 301 bagnards coloniaux, politiques et droits communs mêlés embarqués sur l'Allier, appareilla pour la  Guyane le 31 mars 1852 soit quatre jours seulement après la promulgation du décret. Rien n'avait été prévu pour accueillir les condamnés, erreur qui avait coûté cher en 1763. Ils furent  débarqués sur l'île Royale. Des jésuites accompagnèrent les premiers convois de transportés et s'installèrent avec eux sur les îles jusqu'en 1874. Leurs correspondances ou leurs  journaux  personnels attestent qu'ils ne se faisaient guère d'illusions sur les chances de réussite de cette colonie pénitentiaire de repentance. Tout cela se réduira à un bagne et à un bagne plus mal tenu qu'en France écrivait le père Liaigre de Saint Joseph le 21 novembre 1852. 

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  En dix ans, de 1852 et 1862, 12.750 forçats transitèrent par les îles. Pour la plupart on les envoyait ensuite, après un temps d'adaptation vers des pénitenciers de l'est sur la Montagne d'argent, sur l'Oyapock ou sur la Comté. Dans ces lieux la mortalité était effrayante de l'ordre de 20 à 25% l'an, si bien qu'à partir de 1869 la décision fut prise de ne plus envoyer en Guyane que les condamnés aux travaux forcés d'origine coloniale, réputés mieux supporter le climat équatorial, les européens étant désormais dirigés vers la Nouvelle-Calédonie. 

Malgré la terrible mortalité de ces premières années, la IIIRépublique n'eut aucun scrupule, en 1887, à rouvrir les bagnes de Guyane en y ajoutant une nouvelle population pénale; les relégués à savoir les petits délinquants récidivistes. Pendant cette période la détermination punitive l'emporta sur l'utopie de rédemption. Entre 1852 et 1938, 52 000 transportés condamnés aux travaux forcés, 329 déportés politiques et 15.600 relégués furent envoyés en Guyane. La plupart y moururent, les corps étaient jetés aux requins, le cimetière étant réservé au personnel  pénitentiaire.

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Les îles et notamment Royale furent le premier lieu d'accueil des forçats jusqu'en 1867, ce statut revenant ensuite à St Laurent du Maroni, nouveau camp de transportation. Royale devenant alors un lieu de répression.

 L'île Saint Joseph reçut quelque  temps les politiques opposants à Louis-Napoléon Bonaparte afin d'éviter la contagion idéologique des autres condamnés. Après 1904, elle est devenue l'ïle de la réclusion où l'on enfermait les incorrigibles.

L'île du Diable difficile d'accès à cause des courants était réservée aux détenus que l'on voulait isoler du monde extérieur, d'abord les contagieux sans gardiens, puis plus tard quelques déportés politiques dont le plus célèbre fut Alfred Dreyfus qui y séjourna seul avec ses gardiens de mars 1895 à juin 1899.   

A cette époque un millier de bagnards vivaient sur les îles et l'effectif du personnel libre s'élevait à moins d'une centaine dont cinquante à soixante-dix surveillants.

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Il fallut attendre 1938 pour que soit promulgué un décret-loi mettant fin au régime de la transportation. Le 19 novembre 1938 partait de Saint Martin de Ré le dernier convoi avec 666 forçats à bord. Il y avait encore fin 1938,  5.600 condamnés en Guyane.

L'activité inlassable de Charles Péan et de Gaston Monnerville aboutit en 1946 à la fermeture du bagne. Les ex-bagnards furent alors rassemblés sur les îles du Salut afin d'organiser leur rapatriement en métropole ou dans leur colonie d'origine. Cette opération s'échelonna jusqu'en 1953.

Pilou et moi nous avons vécu 6 mois en Guyane, à Kourou en 1969. Nous sommes allés sur l'ïle Saint Joseph désertique fin août 1969. Ça ne faisait finalement que 16 ans qu'il n'y avait plus personne hormis les fantômes. Par contre à Kourou il y avait encore quelques ex-bagnards qui, n'ayant plus personne  en métropole, avaient choisi de finir leur vie sur la terre de leur enfer.... 

( A suivre ) 

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