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L'invité..... Erik Orsenna imagine la ville de demain....

7 Janvier 2014 , Rédigé par niduab Publié dans #L'invité

Le 13 novembre 2013, l'académicien Erik Orsenna animait à Niort-Noron une conférence sur le thème " Imaginons la ville de demain''.

Au préalable des tables rondes avaient été organisées au Centre de rencontre où des niortais étaient venus apporter leur contribution au futur projet d'aménagement et de développement durable (PPAD) qui fixe les orientations en matières d'urbanisme pour les 15 prochaines années.

Plus de 550 personnes étaient réunies dès 18 h 30 sous le dôme de Noron pour écouter le conférencier, une salle attentive, silencieuse, studieuse, une salle à l'écoute. Une interview dans la presse locale nous avait mis l’eau à la bouche :

Orsenna 1

 «L'urbanisation, phénomène planétaire, va bouleverser nos sociétés, accroître la concurrence entre les villes. L'affaiblissement des nations dévoile le surgissement de la métropole. Non plus la France face à l'Allemagne ou à la Chine, mais Paris face à Londres ou à Shanghai, et à un niveau plus local Bordeaux versus Toulouse. La ville, construction perpétuelle, doit se réinventer pour devenir la ''bonne ville''. Comment améliorer les 5 fonctions physiologiques essentielles : l'eau, l'assainissement, la gestion des déchets, l'énergie, et la mobilité ? En d'autres termes comment assurer l'aménité urbaine, à travers les utilités.

Orsenna 2

Sur quelle vision construire une dynamique ? A travers quel roman la ville et ses habitants peuvent-ils trouver une fierté d'être ensemble et s'inscrire dans un projet ou s'exprimera leur vitalité? Et par quels modes d'expertise, de concertation mais aussi d'autorité ? Comment assurer un tissage des fonctions, des populations, gérer la rareté des ressources, de l'espace et du temps ? Affaire non seulement de technologie, mais aussi de gouvernance, d'équilibres nouveaux à inventer.»

Muni de mon petit carnet je prenais des notes, mais souvent je restais le stylo levé, admirant le talent de l’orateur. Heureusement quelques bout de phrases captés, quelques mots volés m’ont permis de pleinement me retrouver et me recadrer avec le livret que Orsenna propose sur internet :

 https://www.gdfsuez.com/wp-content/uploads/2013/07/Visions-ville-Sur-la-route-de-la-bonne-ville-Mars-2013.pdf

 

En voici une synthèse essentielle selon les points exposés lors de la conférence :

En guise d’introduction Erik Orsenna fait référence à François Mitterrand:

 « Je me souviens de François Mitterrand, de sa passion pour l’architecture. Il y voyait l’un des arts les plus politiques, de ceux qui changent la vie des gens. Pour le meilleur, disait-il, ou pour le pire ! Et il me répétait son obsession : « Longtemps, les civilisations reposèrent sur les valeurs de la ruralité, le lien avec les rythmes de la nature, ses dons et ses duretés ; le luxe et les solitudes d’un espace à profusion. Ce temps est révolu. Ou nous réussirons à bâtir de nouvelles civilisations urbaines ou nos peuples s’affronteront dans des violences de plus en plus terribles.»

Qu’est-ce qu’une bonne ville ?

Une ville qui, non contente d’assurer les besoins, répond aux attentes.

La première attente est celle de la facilité. On veut d’une ville qu’elle simplifie, autant qu’il est possible, la vie quotidienne. Et une bonne vie quotidienne, c’est aussi celle qui garantit la santé et la sécurité. Facilité, santé, sécurité peuvent se regrouper sous le joli mot d’aménité. D’origine latine, il signifie agrément.

La deuxième attente est celle de la vitalité, du dynamisme.

La troisième attente est celle de l’équilibre, condition de l’harmonie. Les villes-bureaux, vides dès six heures du soir, ont montré leurs limites. De même que les cités-dortoirs, dépourvues de tout emploi et de toute activité……’’

L’Aménité

Un bouleversement des métiers de services qu’on appelle « utilités» et voici les tendances que j’ai pu repérer.

 ….’’Pour l’énergie l’efficacité, c’est la moindre des choses. Mais le coût de l’énergie ne cessant de croître, la véritable obligation de résultat, c’est l’économie. Réduire, partout, la consommation. Dans l’habitat, comme dans l’industrie ou les transports.

Dès la conception des équipements mais aussi dans leur réhabilitation……

La décentralisation car au-delà de la production et de la distribution traditionnelle, chaque ville, voire chaque quartier doit avoir ses stratégies adaptées aux situations locales……’’

….’’Le maire a toujours eu la haute main sur ce secteur crucial et notamment sur le prix de l’eau. Mais souvent, il a délégué sa responsabilité et s’en est remis, les yeux presque fermés, à des sociétés privées. Cette époque est révolue. La revendication générale, et légitime, est à la transparence.....’’

’’ Le tri s’automatise, le recyclage se généralise à la fois pour récupérer de la matière et pour économiser de l’énergie, tels sont les principes auxquels doivent répondre aujourd’hui les utilités. Il va sans dire qu’ils orientent aussi les activités de conception et d’ingénierie…..’

….’’ La mobilité, c’est l’une des parts les plus visibles de l’aménité. C’est aussi, dans toutes les villes, la réclamation la plus permanente et la plus exigeante. Ceux qui réclament ont raison : pas de bonne ville sans bons transports, c’est-à-dire une offre diverse, régulière, peu coûteuse et maillant l’entièreté de l’espace…..’

 …..’’Longtemps dédaignée, voire moquée, la revendication de sécurité monte dans la hiérarchie des priorités. Et elle n’est pas la plus facile à satisfaire…..’

….. ’’La ville est active, donc polluante….. L exigence de vivre dans un cadre qui ne nuit pas à la santé rejoint le besoin d’environnement végétal. Outre l’agrément procure, les plantes sont considérées comme bienveillantes pour les humains. Ainsi, la ville sera bonne à vivre, donc attractive. Elle attirera les investissements et les talents, deuxième grande condition de son développement.

La Vitalité

Tout autant que les entreprises, les villes sont en concurrence. Pour défendre leurs chances dans cette bataille de plus en plus farouche, elles doivent mobiliser leurs forces. La vitalité d’une ville ne se décrète pas, ni ne se constate. Elle se décide. Et s’organise…..’’

….’’Quelle ville allons-nous bâtir ? Sans vision, sans projet et sans l’autorité d’un maire pour les porter, les énergies se dispersent et, vite, s’épuisent.

La vitalité d’une ville repose sur une condition première : un accord de long terme entre les différentes parties prenantes, non seulement sur les objectifs mais sur le chemin pour y parvenir. ….’’

.’’La vitalité d’une ville dépend de son attractivité. Et d’abord de son attractivité pour ses habitants eux-mêmes. Pour aimer sa ville, il faut  la connaître. On construit une ville tout autant avec des mots qu’avec des pierres. D’où l’importance du  « romande la ville »… ˮ.

…’’C’est un récit qui remonte aux origines, proches ou lointaines. Tout en racontant, il donne à voir au fil des âges le personnage qu’est la ville. Il évoque, il fait rêver, il explique, il tisse, il embarque sur le bateau commun……’’--

…’La lisibilité de la ville, sa compréhension, doit concerner aussi le futur. Où allons-nous, ensemble ? Quel est notre horizon ? Quels sont nos points forts ? Les villes dont aucune activité ne l’emporte assez sur les autres risquent fort de n’offrir pas plus de repères aux habitants qu’à ceux qui pourraient envisager de venir. D’où l’importance de pôles de compétitivité clairs, réalistes, correspondant à l’état des forces et au génie du lieu, et dotés de moyens suffisants…..’’

….’’Pas de sentiment d’appartenance sans concertation. Partout, dans les villes, se développent des modes de dialogue et de participation aux décisions d’aménagement...’’….’’ Plus cette démocratie très locale est vivante, plus se fortifient  l’identité en même temps que le sens de la responsabilité.

….’’Certains considèrent encore la culture comme un luxe, une cerise sur le gâteau quand  gâteau il y a,….   Preuve irréfutable a été donnée ces dernières années que la culture sous toutes ses formes donne  ou redonne vie et attractivité  à la ville, fierté et dynamisme, envie à ses habitants. Qu’est-ce qu’offrir de la culture sinon nous donner l’occasion de nous agrandir, élargir en chacun le champ du rêve, c’est-à-dire du possible ?....’’

….’’Dans la culture, il faut inclure bien sûr l’enseignement, des écoles à l’université et faut-il .le rappeler,  la Science et la Technique appartiennent aussi à la Culture.

 Au fond, la dynamique culturelle remplit le même ouvrage que la mobilité physique mais celle-ci est mentale : on aide les habitants à sortir d’eux-mêmes, à élargir leur horizon. Ils étaient assignés à résidence. On leur a ouvert des portes. La fierté, la confiance ne sont pas seulement des bien-être psychologiques. Ce sont des moteurs de développement. L’attractivité d’une ville est directement proportionnelle à la fierté de ses habitants. Rien n’est plus néfaste, ni plus malfaisant pour ses habitants que de croire qu’une ville, un beau jour, est construite La ville est une création permanente. ;…’’  

Tisser

Tout maire est un maître tisseur. Les êtres humains aiment les villes parce qu’ils trouvent leur compte dans ces rassemblements. Mais sitôt arrivés, ils se réfugient, dans des communautés. Ils supportent mal ceux qui ne leur ressemblent pas. Les diversités au lieu de s’enrichir s’affrontent. Alors le maire ravaude sans cesse un tissu qui n’arrête pas de se déchirer. Surtout dans des périodes comme celles que nous traversons où s’accroît le chômage, détruisant familles et cités. Face à ces désarrois, les élus sont en première ligne….’’

….’’La conception généralement admise aujourd’hui est qu’une ville est d’abord un alliage subtil et toujours changeant où doivent se mêler des fonctions diverses en même temps que des populations variées. Ce mélange, qu’on appelle mixité, n’est pas seulement économique et social. Il doit aussi brasser des générations différentes et intégrer le mieux et le plus vite possible les nouveaux arrivants. Certaines municipalités, à Nantes par exemple, tiennent à les accueillir lors de cérémonies en mairie où alternent renseignements pratiques et rituels de bienvenue presque semblables  aux acquisitions de nationalité.

La mobilité : premier métier à tisser

L’harmonie d’une ville, par nature instable, implique un tissage permanent dont la trame essentielle est le transport. Les populations ne s’y trompent pas, qui mettent au premier rang de leurs priorités les moyens de se déplacer dans la ville.

Et sur ce point aussi, la mixité est devenue la règle. Un seul réseau, fut-il rapide et sûr, ne suffit pas. Une combinaison de l’offre est nécessaire pour répondre à la multiplicité des besoins, à toute heure du jour et de la nuit : trams, bus, automobiles privées,  velibs, carlibs, pistes et promenades protégées…

À cette diversité s’ajoute le pragmatisme. Quand l’installation ou la réinstallation d’un tramway s’avère trop coûteuse, en aménagement  et en maintenance, pourquoi ne pas dédier entièrement des voies à des autobus, dont la régularité du trafic sera garantie ? La mobilité est au cœur de la bonne ville.

Bien sûr, il y a des mobilités mal vécues, des mobilités subies lorsque de longues distances séparent le logement du travail. Mais une mauvaise qualité des transports, un maillage incomplet de l’espace fabriquent de l’exclusion géographique et sociale. .

Une cité plus “verte” tel est l’un des souhaits majeurs des populations, exprimant le besoin profond des citadins de ne pas rompre avec la nature  d’où ils sont venus il n’y a pas si longtemps, la volonté de garder un autre équilibre, celui qui permet au végétal, c’est-à-dire au Vivant, de trouver une place véritable au milieu du bâti. Une bonne cité, c’est autant du végétal que de la culture. Non un luxe, un saupoudrage de plantations en bacs et de murs verdis, mais une participation étroite au tissage qu’est une ville.

Les conclusions du dernier rapport du Groupe interministériel sur l’Évolution du climat sont sans appel. Du réchauffement global, les villes sont à la fois actrices et victimes. En plantant ou replantant des arbres, non seulement on capte du CO2 et d’autres particules polluantes mais on contribue à baisser la température. Le végétal est un filtre à air urbain. Et dans certaines rues toutes minérales, véritables puits de chaleur, le recours aux végétaux permet d’améliorer et rafraîchir l’atmosphère. Pas plus que la Culture, la Botanique en ville n’est un luxe.

 

En guise de conclusion

….’’La vitalité des villes puise dans ces souvenirs glorieux mais aussi dans les nécessités présentes. Pour exister dans le monde impitoyable d’aujourd’hui, il faut unir ses forces autour de pôles, au cœur d’espaces pertinents pour le développement. Ni trop vastes, on s’y disperse ; ni trop restreints, on ne pèse pas. Et revient à grands galops la Géographie, si souvent dédaignée alors qu’elle seule permet l’Histoire. Progressivement, les États confient aux villes des responsabilités que jusque-là ils assuraient. Rien de plus sain que ce rééquilibrage entre les Etats et les villes. Mais les institutions anciennes demeurent. Comment les faire évoluer pour qu’elles assument leurs nouvelles fonctions ? Comment éviter les superpositions, les redondances qui, non contentes de noyer les responsabilités, entrainent des coûts de plus en plus insupportables ? Comment choisir la “ bonne ˮ taille des métropoles vers lesquelles on semble aller ? Comment fixer leurs limites, quelles localités périphériques inclure, quelles autres rejeter au dehors et pour quelles raisons ? Comment éviter les démesures, insupportables pour les populations, du fait, notamment,  des pollutions ? …’’…Que deviendront les territoires, entre ces centres ? Et quel sera le destin des localités moyennes ou modestes dispersées au sein de ces étendues de plus en plus vides ? ;….. ‘’ etc…’’Immense est le chantier. La démocratie est liée à un espace. Si l’on veut refonder la démocratie, et tel est bien l’enjeu, il faut d’abord choisir l’espace où elle devra vivre. Chacun sait qu’il est périlleux de prévoir, surtout l’avenir. Mais l’importance croissante du fait urbain est une évidence. Plus qu’on ne croit il va bouleverser nos sociétés…..» 

Automne-hiver-2013 1127

 Erik Orsenna nous invite à proposer : « Qu’avez-vous à me dire, quelles expériences accepterez vous de me montrer, quelles réalités, heureuses ou terrifiantes, voudrez vous bien me faire toucher du doigt ? »

Il est toutefois bien dommage, qu’un espace temps débat avec la salle n'ait pas été retenu pas conclure cette conférence. Seulement quelques avec avec de rares privilégiés dont je fus.

Automne-hiver-2013 1126

Je veux encore mentionner en conclusion une phrase dite lors en début de conférence pour convaincre de la nécessité d’évolution des villes et qui n’est pas dans son livret , « Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change », une phrase tirée du roman le Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa.

 

(A suivre)

  

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