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Trop poli-tique..... Faut il avoir peur de la dette publique ?

25 Mars 2011 , Rédigé par daniel Publié dans #trop poli-tique

En fin d’année dernière, et suite à l’assemblée générale de l’association « Citoyens d’abord » nous cherchions, en réunion de bureau, des thèmes de débats pour l’année 2011. Il nous  est apparu qu’un thème s’imposait, à un peu plus d’un an de la prochaine élection présidentielle et devait être traité dès le 1er trimestre, c’était celui de la « Dette publique ».

Si depuis 1992 et l’adoption des critères de Maastricht le monde politique avait intégré les notions de convergence pour l’inflation, les taux d’intérêt à long terme et la gestion des finances publiques, pour cette dernière contrainte les discours s’arrêtaient  généralement à la notion de déficit budgétaire qui devait être limité à 3%. Rarement on évoquait le prolongement de ces déficits quand ils se répètent tous les ans et se cumulent en dette publique dont le seuil maximal était fixé par Maastricht à 60% du PIB. Cela ne semblait guère inquiéter… pas même Bruxelles à tel point que, à l’aube du XXIème siècle, des pays comme l’Italie et la Belgique avaient déjà depuis pas mal de temps crevé le plafond de convergence en dépassant 100 % du PIB et que d’autres pays, comme la Suède, l’Espagne, la Hollande et l’Allemagne, flirtaient et dépassaient, même légèrement, les 60% du PIB. La France qui était aussi entrée dans la zone critique entre 1995 et 1997 était juste revenue dans les clous, sous le gouvernement Jospin, avec en moyenne 58% du PIB.

Rappelons que fin 2001, à l’approche des élections présidentielles, le président Chirac et son parti reprochaient au chef du gouvernement de gauche, de faire de la cagnotte sur le dos des français. Rappelons aussi que lors de la campagne présidentielle de 2007 le candidat Sarkozy prônait le modèle libéral avec une souplesse accrue en faveur de l’endettement privé des ménages ; mesure jugée favorable à la croissance sans intervention de l’Etat. La folie dans certains pays de l'endettement privé excessif, endettement sous toutes ses formes y compris avec des produits toxiques, allait conduire à la crise financière puis économique.  

Il fallut donc que survint la crise systémique de 2008 pour que la peur de la dette constitue soudain une menace…. les nations occidentales ont alors transféré aux Etats, sous forme de dette publique, des dettes privées générées par l’éclatement de la bulle des crédits immobiliers américains subprimes, en soutenant ou nationalisant des banques et en instaurant des  plans de relance de l’économie, avec pour seule porte de sortie de crise un accroissement les dépenses publiques, alors que les recettes fiscales rétrécissaient sous l’effet de la récession économique.

Dette publique france %25 du PIB[1]

L’incendie était maîtrisé, restait le constat d’un endettement excessif que les contribuables devront en grande partie régler. A noter cependant que le creusement de la dette n’est pas à imputer intégralement à la crise et cela apparait clairement pour la France dans le graphique joint ; des choix politiques avec notamment des cadeaux fiscaux pour les plus riches ont fait le reste.

En 2010, commençait la seconde phase de la crise et elle concernait essentiellement l’Europe, d’abord la Grèce, puis l’Espagne, l’Irlande, aujourd’hui le Portugal et demain …. ? J’ai retrouvé très récemment un exemplaire de février 2010 de « Courrier International » dans lequel il y a un très intéressant  billet de Paul Krugman, prix Nobel d’économie en 2008 pour ses travaux sur la mondialisation ; billet intitulé « L’Europe a péché par orgueil »  dont je tire quelques extraits

  « Ces derniers temps, les  journaux ne parlent plus que de la Grèce et d’autres pays à la périphérie de l’Europe. A bon droit d’ailleurs. Mais j’ai trouvé gênant que certains articles se focalisent presque exclusivement sur les dettes et les déficits budgétaires, comme si la prodigalité des gouvernements était seule en cause. La véritable raison c’est l’arrogance des élites qui ont poussé l’Europe à adopter une monnaie unique bien avant que le continent  n’y soit prêt. Prenons le cas de l’Espagne, qui à la veille de la crise, passait pour être un modèle sur le plan budgétaire. Sa dette était faible : 43 % du PIB en 2007 contre 66% pour l’Allemagne. Son budget était excédentaire et sa gestion exemplaire. Mais avec son climat chaud et ses plages elle a été le théâtre d’un gigantesque boom de l’immobilier avec des financements provenant essentiellement de l’étranger. Cela a entraîné une croissance rapide et une forte inflation …… puis la bulle a éclaté ….. Le chômage a crevé le plafond et le budget s’est retrouvé dans le rouge. … Faute de disposer de sa propre monnaie l’Espagne ne peut recourir à la dévaluation pour renouer avec la compétitivité…

C’est pire en Grèce, car les grecs contrairement aux espagnols ont bel et bien été irresponsables sur le plan budgétaire, mais l’économie de la Grèce est plus modeste  et ses soucis n’importent que dans la mesure où ils déteignent sur d’autres économies….  Donc c’est l’inflexibilité de l’euro, et non les dépenses publiques qui se trouvent au cœur de la crise.

Et maintenant ? Il est presque impossible d’envisager une décomposition de l’euro, en termes purement pratiques…. Toute tentative pour remettre en place une devise nationale déclencherait la mère de toutes les crises financières. La seule solution pour s’en sortir est donc d’aller de l’avant. Pour que l’euro soit opérationnel, l’Europe doit progresser sur la voie de l’intégration politique…. Ca ce n’est pas pour demain. Dans les années qui viennent l’Europe va probablement entreprendre des pénibles efforts pour s’en sortir…. Un tableau peu réjouissant.»…..

Et aucun des états qui constituent l’Europe ne devra pécher par orgueil, pas plus l’Allemagne que le Royaume Uni ou que la France…..

 Dette Publique 2

  En avril 2010 Elie Cohen proposait un essai de 400 pages «  Penser la crise » que je n’ai fait que survoler mais dont la longue conclusion est très intéressante : «  …. La crise systémique de 2008 n’a pas eu lieu…. Au bord du précipice les gouvernements, les banques centrales, les organisations internationales ont tout fait pour éviter les défaillances bancaires, l’effondrement de l’activité économiques et les faillites des Etats….. Comme la fonte du réacteur financier a été évitée et la réaction en chaîne arrêtée, la réforme systémique n’a pas eu lieu….L’ordre ancien de la finance de marché s’instaure à nouveau ; à quoi cette crise a-t-elle servie ? Elle n’aura pas contribué à la refondation du système économique et financier mais elle ne sera pas sans effet…. » et Elie Cohen d’évoquer divers scénarios : une régulation à l’échelle mondiale, une régulation par régions économiques  et même le risque d’un repli national.

En mai 2010 Jacques Attali a publié un essai au titre alarmiste et surtout provocateur « Tous ruinés dans dix ans », dont voici quelques extraits :

Attali

«  Serons- nous bientôt ruinés ? Sommes-nous en train de ruiner nos enfants ?…. En France en particulier, si un coup n’est pas donné au plus vite à la montée  de la dette publique, le prochain président de la République ne pourra rien faire autre, pendant son mandat, que mener une politique d’austérité et la prochaine décennie sera toute entière occupée à subir les conséquences des folies de celle qui s’achève. …. Il est encore possible d’éviter la ruine des épargnants des salariés et des retraités tout comme celle des générations à venir…..

  Nous devons nous préparer à procéder à des économies considérables, à augmenter significativement impôts et cotisations sociales et même à laisser filer une certaine inflation. Forts pénibles ces mesures sont inévitables à moins d’un retour rapide à une croissance forte peu vraisemblable à court terme… La vraie solution à la crise de la dette, c’est en effet la croissance qui suppose des investissements …. La disparition de la mauvaise dette suppose donc la croissance d’une bonne dette… ». Pour faire simple la bonne dette ne doit concerner que des investissements pour les générations futures, alors que tous financements d’exploitation concernant les générations actuelles, la mauvaise dette, doivent être traités par des augmentations d’impôts. .

Pour terminer ce tour d’horizon des experts économiques voici les prévisions pour la France en 2011 de Daniel Cohen dans « Challenge » de janvier dernier (y compris le DVD de "Fric, Krach et gueule de bois : le roman de a crise". L’émission de télévision présentée avec Pierre Arditi et Erik Orsenna.)

« La France va devoir purger ses finances publiques. L’essentiel de la contraction du déficit de 8 à 6% du PIB prévu pour l’année prochaine est dû à la fin des mesures de relances et à l’effet mécanique de la réforme de la taxe professionnelle. Les chiffres de réduction du déficit sont aussi gonflés par une prévision de croissance à 2% que personne n’anticipe. Hors restockage, la croissance française aurait été de 1% en 2010. …  Si l’on prend au sérieux l’objectif du gouvernement de ramener le déficit à 3% d’ici à 2013, il y a de quoi s’inquiéter pour la croissance… »

Le 17 février dernier le président de la cour des comptes présentait son rapport annuel qui constitue un rappel à l'ordre sur la situation d'ensemble des finances publiques: le gouvernement étant prié d'annoncer "rapidement" de plus "amples réformes" pour respecter ses engagements de réduction du déficit public.

La cour  estimait que sans un effort supplémentaire significatif, l'objectif d'un déficit public ramené à 3% du produit intérieur brut (PIB) en 2013 restera, selon elle, hors d'atteinte sans remise en cause de l’essentiel des niches fiscale (Extraits d’un article du Monde.)

Coïncidence, le même jour, l’association « Citoyens d’abord »,  recevait Jean Launay député PS du Lot sur invitation de Geneviève Gaillard députée-maire de Niort pour animer une conférence-débat sur « La dette publique et les déficits publics »  

Le conférencier a tout d’abord fait un état de la situation et de l’évolution des finances publiques en rappelant que les budgets sont établis en déficit depuis le 1er choc pétrolier en 1975 avec quelques périodes où une croissance plus soutenue et des efforts particuliers ont permis d’assainir des situations dégradées. La situation s’est fortement dégradée depuis 2007 (loi TEPA et bouclier fiscal, droits de successions qui dans l’ensemble coûtent 15 milliards d’euros par an) auxquels est venu s’ajouter en 2008 les mesures de soutien et de relance pour limiter les conséquences de  la crise financière.

S5301586

Jean Launay rappelle que la dette publique n’est pas la dette globale du pays, qui englobe aussi les dettes privées des entreprises et des ménages. La dette publique ne prend en compte que la dette des administrations publiques : Etat, Collectivité territoriales et Sécurité sociale : Les déficits publics pour 2010 étaient de 7.7 % se partageant à 6.6 % pour l’état et 0.8% pour les collectivités territoriales, 0.3 % pour la sécurité sociale.

Fin 2007 le déficit structurel de l’Etat était déjà de 3.7% et il est passé en 2010 à 5.5%. Les conséquences de la crise financière ne se ressentent au mieux comme excuse que pour 1/3 du déficit.

Il nous expliqua le rôle des agences de notations privées qui jugent de la soutenabilité de la dette. La France reste dans le peloton des nations ayant un triple A (la meilleure note) ce qui permet d’obtenir les taux d’intérêt les plus intéressants sur les marchés financiers. Le taux de financement pour 2010 est de 2.6% ce qui reste très raisonnable encore ne faudrait-il pas que la note de la France ne soit pas revue à la baisse.

Les créanciers de l’Etat sont pour plus de 60 % des non-résidents ce qui pose problème et étonne quand on sait que les français sont les champions du monde de l’épargne : le taux d’épargne des ménages en fonction des revenus est en France de 15,9 %  (Au Japon 11.3%, en Espagne 11,2%, en Italie 10.2%...... etc…Au Royaume–uni 5% aux USA 1%.). J'ai d'ailleurs posé une question à Jean Launay sur le sujet ou comment mobiliser en priorité l'épargne française disponible. (L' Etat japonais emprunte à 90% à des créanciers japonais, ce qui fait que la dette publique astronomique n'est pas considérée comme un risque majeur). Mais ma question n'était sans doute pas assez claire car la réponse ne fut ce que j'attendais.

Alors rassuré ? Pas vraiment ?

Je crois que les élections présidentielles de 2012 seront cruciales pour l’avenir. Il nous faudra choisir une présidence compétente dont la seule pensée le seul horizon soit l'avenir du pays et des prochaines générations.  Un choix qui exclut les populismes extrêmes dont les projets économiques sont pour le moins primaires. Il faudra donc que les partis de gouvernement désignent des candidats compétents mais sans arrogance, volontaristes mais modérés dans leur comportement de façon à dissiper les craintes des français..... vaste programme.......

 

(A suivre)

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