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Trop poli-tique.... La langue de chez nous.....et d'ailleurs...

5 Juin 2013 , Rédigé par niduab Publié dans #trop poli-tique

En introduction de ce billet il me faut rappeler quelques statistiques concernant la France, un pays qui même en période de crise reste une grande nation très influente.  

 La France, Dom-Tom compris mais hors Terre Adélie, a une superficie de 675000 km2 (552000 km2 pour la seule France métropolitaine) ; c’est donc un petit pays de 0.5% de la surface des terres émergées habitables, tout en étant le 42e plus grand pays du monde et le 3e en Europe

  Elle est peuplée de 66.5 millions d’habitants (65.8 millions pour la seule métropole, mais il y a aussi 1.6 millions de français vivant à l’étranger dont plus de 80% de façon permanente), soit environ 1% de la population mondiale, la France est le 21e pays le plus peuplé et le 3e pour l’Europe.

  Elle est la 5e économie mondiale avec un PIB de 2580 milliards de dollars, derrière les USA, la Chine, le Japon et l’Allemagne, devançant de peu le Brésil et le Royaume Uni. Le PIB de la France représente 4.3% du PIB mondial.

  Pour ce qui concerne les échanges commerciaux, la France est encore sensiblement en 5e position pesant pour environ 4% des échanges.

  L’indice de développement humain (durée de vie, niveau d’éducation, niveau de vie) est à un niveau très élevé avec 0.89, même si la France n’est classée que 20e juste devant l’Angleterre. Les pays les mieux classés étant les pays développés peu peuplés comme la Norvège et l’Australie. J’ai déjà indiqué dans d’autres billets que notre pays reculait dans les classements de l'éducation  mais qu'il était en pole position européenne pour la fécondité et l’espérance de vie.

  Question touristique la France est incontestablement n°1 avec 82 millions de visiteurs (8.5% des visiteurs étrangers) devant les Etats-Unis (6.6%), la Chine (6.1%), l’Espagne ( 6.0%) et l’Italie (5%).

  Même en sport la France est loin d’être ridicule terminant en septième position aux J.O. de Londres avec 34 médailles (dont 11 en or) soit 4 % de l’ensemble.

  Je n’évoque pas ici la puissance militaire, l’influence diplomatique (membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU) etc   etc… pour en arriver à notre plus grande richesse, celle qui dépasse et de loin nos frontières, c’est notre langue, le français.  

   Selon les statistiques de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) institution dont les membres ont en commun la langue française regroupant 77 pays répartis sur les cinq continents, il y aurait actuellement sur terre plus de 250 millions de personnes dont le français est la langue originelle et près de 500 millions l’utilisant de façon suffisamment correcte comme langue véhiculaire sans forcément savoir l’écrire, soit 7.5% de la population mondiale. Dans 57 pays le français est reconnu  (exemple en Italie dans le val d’Aoste le français à un statut de langue officielle), dont 30 pays le français est langue officielle dont 14 comme unique langue officielle (pays africains comme le Gabon) et 16 comme une des langues officielles (Suisse, Belgique, Canada). De nombreux pays (comme le Maroc) n’ont pas retenu le français comme langue officielle, mais il est couramment, parlé et surtout enseigné.    

    Comme Albert Camus, je pourrai presque dire  que ma patrie c’est ma langue….. mais c’est quelque peu réducteur et j’ajouterai donc que c’est un tout : culture, histoire, environnement, etc.....  dont le  lien essentiel est la langue française. Je ne suis pas le moins du monde chauvin sauf pour défendre la langue de Molière …. et de Brassens, Brel, Ferrat, etc…. .  Je suis un militant de la francophonie. Ce n’est pas que je n’aime pas les autres langues, notamment l’espagnol et l’Italien qui ont une si jolie sonorité ; j'en aime un peu moins d’autres, très envahissantes comme l’anglais. Je n’en parle correctement aucune, même si lors de voyages je suis capable de suivre une conversation en espagnol. Je peux me faire comprendre pour l’essentiel en anglais mais je suis incapable de suivre une discussion, sauf si ce sont des français qui s'exprime dans cette langue. J’évite autant que possible de voir un film en version originale , sauf si je n’ai pas le choix et sous réserve qu’il soit sous-traité mais en tant que cinéphile si je revois le film en DVD, je privilégie alors la V.O.    

  J’ai travaillé plus de dix ans hors de France, Zaïre, Maroc, Guinée, Cameroun quatre pays francophones, mais j’ai, en quatre occasions, refusé d’aller faire des chantiers dans certains pays : En Corée du sud, Indonésie, Soudan et Nigéria. Devoir travailler et surtout vivre en famille, pendant plus de deux ans dans un pays non francophone nous était impossible et ce, même si l’entreprise réalisant ces travaux était française ou belge.

Le 20 mars (la veille du printemps) est la journée de la francophonie. On pourrait en faire un jour de fête, un peu comme la fête de la musique. Ça s’est fait d’ailleurs cette année dans certains pays.

  Le secrétaire général de l’OIT, l’ex-président sénégalais Abdou Diouf, a fait cette année une intervention remarquable dont voici quelques extraits:

  « Qu’adviendrait-il de la Francophonie si nous devions laisser s’effacer le trait d’union qui nous relie ? Qu’adviendrait-il de notre communauté si la Francophonie devait recourir, au mieux, à la traduction, au pire, au seul usage de l’anglais…. 

…. Nombre de nos programmes et de nos actions de coopération n’auraient plus de raison d’être, et nous perdrions, surtout, ce lien originel et cette connivence naturelle qui fond que l’entraide et la solidarité entre nous ne s’apparente pas à de la générosité mais à la fraternité. Une fraternité  qui a trouvé à s’exprimé, en cette année 2013, de la manière la plus éclatante qui soit, avec la décision courageuse d’un de nos membres, la France, de répondre avec l’appui de plusieurs Etats francophone de la région à la demande à l’aide d’un autre de nos membre, le Mali, dans sa lutte contre le terrorisme……

….. C’est ce lien originel et cette connivence naturelle qui nous permettent de nous entendre, dans un esprit d’écoute et de respect, sur une vision commune du monde et sur les voies qu’il reviendra d’emprunter pour construire un ‘’vivre ensemble’’ qui réponde aux aspirations de tous.  Que cette journée internationale de la Francophonie soit l’occasion de célébrer la langue française, de la chanter dans la convivialité, de la parler en toute complicité, de la déclamer à pleins mots.»    

Hasard du calendrier ? Le 20 mars Mme Fioraso, présentait en conseil des ministres son projet de loi sur l’enseignement supérieur où l’une des dispositions prévoit la possibilité d’enseigner en langue étrangère, doux euphémisme pour dire que certains cours seront effectués en anglais. Des dérogations existaient déjà mais ce qui était des exceptions, avec la loi, risque progressivement de devenir une normalité voire une règle (pour les sciences, l'économie).

Cette disposition était quasiment passée inaperçue, jusqu’à ce que Claude Halège fasse une tribune dans le Monde du 25 avril, dont je reporte de larges extraits.

« La France n'est certes que la source historique, et non la propriétaire exclusive de la langue française, que partagent avec elle, à travers le monde, les soixante-dix-sept Etats et gouvernements constituant ensemble l'Organisation internationale de la francophonie (OIF). Du moins jusqu'ici. Car le projet de loi Fioraso, qui veut imposer, en faveur de l'anglais, une très large extension des exceptions au principe du français langue de l'enseignement, des examens et des concours, pourrait avoir pour conséquence, du fait de la valeur symbolique d'un acte de sabordage du français par la France officielle elle-même, un doute croissant quant à la légitimité de la promotion de cette langue par les autres pays francophones….. ...C'est par sa langue que vit une nation. Les dirigeants de la nation française sont-ils donc saisis d'une pulsion d'autodestruction ?.…..Le français est aujourd'hui la seule langue, avec l'anglais, qui soit présente sur les cinq continents. Chaque réunion de l'OIF montre que la promotion du français encourage celles de toutes les autres langues des pays membres. Madrid, Lisbonne-Brasilia, et maintenant Pékin dressent, face à la résistible domination de l'anglais, l'arme irrésistible de la diversité. Et c'est à ce moment même que la France, qui possède une longue antériorité historique dans l'illustration de sa langue, devrait sacrifier cette dernière aux pauvres pièges de l'argent ? Il est encore temps de réagir devant le burlesque en passe de devenir le consternant. Il est encore temps de se mobiliser avant qu'un projet de loi....ne soit proposé à la représentation nationale...... L'Académie française, elle aussi, dénonce un projet suicidaire.........   Quant aux masses françaises, abreuvées de sous-culture américaine, elles ne manifestent aucun désir de substituer l'anglais au français dans l'enseignement en France. Ce sont donc les forces vivantes et majoritaires du pays que l'on insulte en plaçant l'anglais sur un piédestal dont il n'a que faire, surtout venant du gouvernement français. Battons-nous pour notre langue !...... C'est de notre identité qu'il s'agit..... : nous sommes en guerre. »    

 Si dans la forme, le propos est rude, sur le fond je suis plutôt d'accord. Je ne crois absolument pas au déclin du français sauf peut-être en France en raison d'un certain snobisme intellectuel que, heureusement, la grande masse ne suivra pas. Le nombre de francophones ne cesse d'augmenter dans le monde entier. Certaines projections démographiques l'évaluent 700 millions voire un milliard dans quelques décennies.  

  L'argument de Mme Fioraso est que cette disposition permettrait d'attirer en France les meilleurs étudiants étrangers. Est-ce à dire que des étudiants étrangers, notamment ceux provenant d'Afrique francophone, seraient moins bons ? Et qu'on devrait risquer de les perdre pour gagner des parts du marché des étudiants d'autres pays plus à l'aise avec l'anglais qui, à mon avis, continueront de façon très majoritaire à préférer les universités américaines. Il y a sans doute d'autres moyens de rendre l'université plus attractive que de chercher à disqualifier l'enseignement en français.

  Cette tribune de Claude Halège, confirmée quelques jours plus tard au journal télévisé de France 2, a incontestablement réveillé le débat. Un article du journal Le Monde du 10 mai dernier faisait une synthèse intéressante de différentes positions.  

« La France saborde-t-elle sa langue au nom de la compétition universitaire internationale ? Le projet de loi sur l'enseignement supérieur, attendu au Parlement le 22 mai, n'en finit plus de faire des vagues. Le texte prévoit de faciliter la mise en place de cours en langue étrangère (donc en anglais)…….La France, cinquième destination des jeunes qui étudient à l'étranger, est attractive dans sa sphère traditionnelle d'influence (Maghreb et Afrique), mais elle est en perte de vitesse. Le gouvernement, aiguillonné par les écoles et les universités, veut attirer les étudiants des puissances montantes : Brésil, Chine, Inde, Indonésie...……L'enjeu est décisif : prendre toute sa part dans la formation des futures élites mondiales et assurer le rayonnement du pays. L'Agence universitaire de la francophonie a beau assurer que des départements de français se développent partout, le gouvernement estime qu'il reste nécessaire de faciliter l'usage de l'anglais en France…..Le 21 mars, dans une déclaration assez rêche, l'Académie française pointait " les dangers d'une mesure qui se présente comme d'application technique, alors qu'en réalité elle favorise une marginalisation de notre langue ". Elle demande au Parlement de s'y opposer.…….Sur France Info, le 31 mars, Michel Serres donne l'alerte: ''enseigner en anglais nous ramènerait, par disparition de ces corpus-là, à un pays colonisé dont la langue ne peut plus tout dire "....... La charge est vigoureuse. Mais elle n'ébranle pas la ministre qui assure que seul 1% des formations à l'université passerait à l'anglais. Ensuite, elle dit que ce sera encadré et limité à des enseignements très spécifiques, avec une convention sur le contenu de la formation qui devra justifier de l'intérêt d'enseigner en anglais….. Au reste, les intellectuels qui se sont investis dans cette polémique sont souvent mesurés. " Interdire l'anglais ne serait pas plus raisonnable que de l'imposer ", rappelle Thomas Piketty. Là comme ailleurs, tout sera nuances de gris. " Nous sommes obligés de donner la possibilité d'atterrir aux non-francophones, dit-il, la question étant de savoir combien de temps va durer l'atterrissage ? ..... M. Compagnon, professeur au Collège de France et à Columbia University, n'est pas contre une certaine proportion de cours en anglais, pourvu qu'il ne s'agisse pas de cours magistraux  Axel Kahn, ancien président de l'université Paris-Descartes, est globalement favorable au texte; mais il précise : "Je suis très attaché à ce que le français demeure la langue unique pour le premier cycle, la licence. En master et en doctorat, en revanche, on doit pouvoir utiliser la langue de communication internationale. "    

Quoi qu'il en soit, écrit Mme Fioraso, il sera posé comme condition que les étudiants étrangers maîtrisent le français au moment où ils valideront ces enseignements pour obtenir leur diplôme. Il ne s'agit donc pas d'un renoncement linguistique, mais au contraire d'un levier pour le développement de la francophonie »

  Le projet de loi fut adopté en première lecture à l’assemblée le 22 mai dernier et doit maintenant passer au Sénat. Le débat n’est pas terminé s’il on en croit le face à face entre Luc Ferry et Jean-Marie Rouart, dans le Monde d’hier, deux hommes de droite qui ont sur le sujet des avis très différents.

 http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/libre/20130604/index.html?aaaammjj=20130604&clef=EMAILNEA&maintenant=1370548403107

  Pour finir ce long billet je veux reprendre un extrait de la magnifique autobiographie de l’homme politique qui, au début de mon engagement politique, fut celui qui m'a le plus influencé. Il s’agit d'Edgard Pisani et de son livre « Persiste et signe ». Un livre sorti fin 1991 pour lequel j’ai déjà fait un billet.

  «......La langue française est ma passion. Je la vis tous les jours, je la respecte, je la cultive, je m'y exerce, j'en joue, je me bats pour elle et parfois contre elle parce qu'elle me résiste, qu'elle résiste -- grâces lui soient rendues -- à mes maladresses. Je voudrais l'écrire et la parler beaucoup mieux que je ne le fais. Je ne suis jamais si fier que lorsque je m'en suis servi en la respectant, en la caressant, en la faisant chanter juste et haut. ....

...... Je cherche chaque jour à améliorer la connaissance, la maîtrise, l'amour que j'en ai. Je vis constamment avec un dictionnaire à portée de main. Je souffre pour elle lorsque je lis les journaux, entends la radio ou étudie des rapports administratifs. 

On lui reproche d'évoluer peu, d'être corsetée par une syntaxe désuète, de s'en tenir à une orthographe complexe et périmée. En fait, elle oppose aux facilités d'un siècle qui apprend le mépris de l'écrit et se lance dans l'aventure du message fugace, consommable, fongible, les rigueurs d'une architecture et d'une ciselure faites pour durer. Elle reçoit comme outrage ces facilités que d'autres langues accueillent comme des innovations. Et pourtant elle bouge, elle change, elle ne cesse de s'enrichir  en demeurant la même. Par son exigence..... » 

 Il y a aujourd'hui déclin du politique parce que la multitude des déclarations et des confidences, le rôle qu'on leur fait jouer, leur vacuité ont banalisé les messages. Pauvre langue des médias qui souffre d'être gaspillée à ne plus annoncer, sans analyse, que le tout venant ou le sensationnel.

 

   ( A suivre)

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