Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Souvenirs en vrac...... Minute Papillon ou le temps des ruptures...

1 Août 2011 , Rédigé par daniel Publié dans #Souvenirs en vrac

D’où lui venait ce surnom Papillon ? Non, rien à voir avec Henri Charrière qui ne fit parler de lui que fin 69 alors que mon Papi je le connais depuis 1965. Peut-être à cause de l’ancien international de rugby, Papillon Lacaze, originaire, comme lui, du Béarn et plus précisément de Pontacq ou des environs en bord de l’Ousse. Et puis son jeu de premier centre ou d’ouverture était virevoltant, inattendu, un peu fragile en défense, mais fort utile pour donner une vive impulsion à la ligne de trois-quarts de la belle équipe de juniors que nous formions alors pour le bonheur de Charly, notre entraîneur paternaliste…… mais je parle d’un temps que les arvistes de moins de 60 ans  ne peuvent pas connaitre….. Alors les autres lecteurs ? Pensez donc ! Mais le sujet du billet n’est pas une resucée de nostalgie facile mais au contraire une rupture.

Papillon je l’avais complètement perdu de vue depuis, depuis….. depuis 1970, pour ne le retrouver que fin mai 2004 à l’occasion du cinquantenaire de notre club. Quelle joie de revoir un bon vieux copain ; on a rouvert, avec d’autres, la boite à souvenirs et refait des matchs vieux de 40 ans ! Les années et les kilos nous avaient certes un peu changés mais la voix, le regard, le sourire étaient là. Pour la complicité cela ne devrait être qu’une question de temps. Je me souviens que lors du repas de gala dans la grande salle Georges Brassens nous étions en vis-à-vis, à la même tablée.  Je parlais beaucoup, trop sans doute, Papillon était moins bavard, il écoutait surtout.  Il y avait aussi un autre copain de l’époque, du moins d’une période de l'époque, le Lézard qui parlait encore plus que moi et lui, en tenant des propos provocateurs. Sans doute m’avait-il vite démasqué comme gauchisant aussi s'en était-il  donné à cœur joie et sans retenue dans les calembours lepénistes. De la soirée je me rappelle, et regrette, être tombé connement dans les pièges du Lézard. Papillon, lui, ne se dévoilait pas ! Il devait compter les points et semblait, narquois, se régaler de la tournure des débats

Deux ans plus tard j’étais sur le plot de départ pour une nouvelle étape, celle  de sexagénaire. Je fis une grande fête à Niort en réunissant presque tous mes amis, enfin ceux qui pouvaient venir, les amis d’une vie dont beaucoup venaient de loin…. Plus d’une centaine de personnes dont la famille, des copains de jeunesse, mes anciens équipiers de rugby et leurs épouses ou compagnes….des amis des années 70 à 80 la plupart connus en Afrique et enfin nos amis de Niort où nous étions installés depuis vingt ans, amis de la politique et du milieu associatif. La proportion de gens de gauche était très significative mais nous nous efforcions que cela ne se ressente pas trop sur l’ambiance de la soirée pour nos amis ou parents non engagés ou même que nos savions être plutôt de droite…. Il y en a comme dans toutes les familles et ça ne me pose aucun problème…. Il n’y a que les extrémistes racistes qui, chez moi, trouvent porte close et bien sûr tous les cafards, les charlatans, les prophètes….. Selon les préceptes d’oncle Archibald…..

  Ceci dit tous mes amis connaissaient mes engagements et ils savaient bien où ils mettaient les pieds…. Je soupçonne même certains, qui venaient de loin de s’être décidés à faire le déplacement avec en motivation supplémentaire une sorte de curiosité ethnologique : connaitre la planète socialiste. C’est ce soir là que Papillon s’est un peu ouvert (façon de parler) à moi pour la première fois : Ce week-end de fin novembre 2006 se tenait à Paris le congrès d’investiture de Ségolène Royal comme candidate socialiste pour la présidentielle, ce qui fait que je n’avais pu l’inviter (Je blague….) et c’est en évoquant cet épiphénomène qu’il m’a confié ne pas pouvoir supporter cette « bonne femme » et, quel que soit son adversaire, si elle devait être présente au second tour (sous entendu même face à Le Pen) jamais il ne voterait pour elle. Il m’aurait presque gâché ma soirée ce con, car du coup j’ai bien été obligé en tant que socialo de la défendre. 

Papillon, quand il causait et même dans ce cas où il vomissait Ségolène, conservait un ton neutre, mesuré, sans emportement, un point de vue radical mais sans excès, poliment : impossible de lui accoler au premier abord une étiquette de facho. Il exprimait un avis point barre.

 

Depuis nos relations s'entretenaient essentiellement par Internet même si nous nous rencontrions pratiquement tous les ans, à l’automne lors de la traditionnelle soirée des arvistes en région parisienne. J’avais alors toujours des critiques à faire car je n’appréciais pas ses envois « populistes ». Lui, imperturbable me répondait « Ce n’est que de l’humour ; tu as l’esprit tordu parce que tu es un militant. »

Tous les matins je recevais cinq ou six mails, parfois plus, postés la veille en fin de soirée et que je découvrais au petit matin généralement entre 5 et 6 H.  Il y avait beaucoup des trucs intéressants souvent superbes comme de magnifiques diaporamas de toutes les parties du monde, des photos insolites, des trouvailles surprenantes qu’il récoltait je ne sais où et que je transférais à mon tour largement à mon cercle de proches. Il y avait aussi quelques machins moins diffusables, mais pas de quoi fâcher : des pin-up à poil, des blagues de blondes à faire hurler des féministes, mais comme j'en recevais d'autres et souvent d'amies…( ça fait recette les blondes)…. Je me contentais de foutre à la poubelle ce qui aurait pu nuire à ma réputation d’homme sérieux. Il y avait aussi bien sûr des blagues politiques, dont des montages peu ragoutants, qui tapaient aussi bien sur la gauche que sur la droite …..(Rarement et curieusement sur le FN, ça aurait du m’alerter)  Peut-être un peu plus sur la gauche mais je ne faisais pas de décompte….je me contentais de les foutre à la poubelle ne pouvant faire suivre ces machins là. Finalement je ne transférais donc que le convenable et le beau souvent très beau. 

Et puis, ça s'est gâté et j’ai commencé à être envahi de mails islamophobes…..des trucs manifestement de tendance frontiste. Bien sûr il y avait des dénonciations de crimes odieux de régimes et de fanatiques ou de coutumes dégradantes  mais ça allait bien au-delà avec des caricatures nauséabondes de la religion ou de la culture avec en exergue et en comparaison les belles et irréprochables traditions chrétiennes. La croisade quoi !

Papillon ne fut certes pas le seul à m'adresser de telles saloperies, d'autres relations aussi. C'était sensé être humoristique. Ce rire là serait donc devenu la saleté de l'homme.

Quelques rappels à l'éthique, un message codé dans le billet «Le père Léon est un rodeur » ont fait comprendre à certains qu’ils devaient arrêter, d'autres de plus vagues connaissances, sans intérêt, ont été éliminés de mes contacts.

Même Papillon me  semblait s'être calmé, et puis cette année c’est reparti de plus belle. J’ai fait des renvois à l’expéditeur en exprimant mon désaveu. La réponse était toujours  « ce n’est que de l’humour, il ne faut pas tout prendre au premier degré…. Je ne fais pas de politique ! »

Je me souviens d'un envoi, qui remonte au moins à deux ou trois ans, de caricatures horribles proposées par un type dont une rapide recherche sur Google m’apprenait qu’il était dessinateur à Minute. « Je ne le savais pas, mais c’est marrant, peu importe Minute ou autres tant que c'est marrant et que ça parle : je prends, j'envoie et tu jettes si ça ne te plait pas.. » m’a répondu Papillon.

Liberté d'expression ? Jusqu'ou peut-on rire et avec qui ? Sans vouloir faire de la philosophie de bas étage, j'ai tendance à penser avec Bergson que ce type de rire est un signe de cruauté et pourtant je n'ai rien contre les bons dessins humoristiques tant que ça reste sain, propre, sans haine. Je ne peux me passer de mon Plantu quotidien. Dans le Monde de ce soir sur fond de drapeau américain la légende dit que l'âne démocrate et l'éléphant républicain ont accouché d'une souris….. Et la souris, chère à Plantu, emporte un tout petit sac de réévaluation de la dette américaine après une terrible bagarre laissant les deux protagonistes bien abimés. Superbe ! Pas besoin d'insulter pour être amusant.

Une fois Papillon m'a engueulé suite à un diaporama anti-corrida que je lui avais transmis « Un truc d'écolos et d'intellos de gauche» m'avait-il répondu. Quand je lui ai fait remarquer qu'il y a une députée UMP de Nice qui veut interdire les corridas en France il m'avait répondu « Il y a des connes partout.». Anarcho-populiste tendance Céline le Papillon ?…. Le facho n’est peut-être plus très loin.

 

Le pire est que sur certains sujets je ne suis pas forcément très opposé à sa réaction. Je reproche souvent à la gauche de se lancer dans des batailles sociétales justes bonnes à emmerder le peuple. Je n'aime pas la corrida mais il ne me viendrait jamais à l'idée de l'interdire, je me contente de ne pas y aller. Idem pour la chasse, ou le tour de France et ses fadas qui gesticulent en haut des cols ou encore tout un tas de trucs qui m'énervent comme les gens qui me font perdre mon temps au marchand de journaux avec leurs jeux à gratter alors que moi je veux seulement régler mon Midi Olympique le journal du rugby ? A chacun sa beaufitude ! N’emmerdons pas les gens qui tiennent à leurs traditions tant qu'elles ne sont pas haineuses contre les autres. N’emmerdons pas inutilement les gens avec des sujets subalternes, c’est la meilleure façon d’alimenter la montée du populisme patrimonial, et de renforcer le FN.

Le 23 juillet dernier, j’étais justement en train de lire un billet de Pierre Rosanvallon dans «Le Monde : Penser le populisme : Plutôt que de le traiter par un mépris hautain, il faut prendre au sérieux le phénomène populiste, il est le symptôme d'un désarroi réel.» lorsque je reçus un message politisé mais plutôt amusant de Papillon : Amusant mais manquant un peu de tact et galanterie surtout dans la chute :

 « Récemment, j'ai fait un rêve épouvantable, un cauchemar devrais-je dire.  C'était un 14 Juillet sur les Champs Elysées. Eva Joly, Présidente de la République présidait aux cérémonies de la Fête Nationale avec son gouvernement au grand complet : Cécile Duflot, Premier Ministre,, Noël Mamère, Ministre des Affaires Etrangères, Daniel Cohn-Bendit, Ministre de l'Intérieur et de la Pensée Orthodoxe, Bernard Thibaud, Ministre du Travail et des Grèves, Hervé Ghesquière, Ministre des Otages,, Jean-Luc Mélenchon,, Ministre de la Joie de Vivre, Jamel Debbouze, Ministre de la Culture, Olivier Besancenot, Ministre de la Fonction Publique, Dominique de Villepin, sous-sous-Secrétaire d'Etat aux Affaires Judiciaires, etc...etc....

Le traditionnel défilé commence avec l'imposante brigade des Faucheurs Volontaires en combinaison verte, la faux sur l'épaule, précédée par Nicolas Hulot portant pieusement sur un coussin de velours vert la pipe de José Bové mort au champ (de maïs OGM) d'honneur, fauché involontairement par un Faucheur Volontaire et dont les cendres reposent au Panthéon. Viennent ensuite une centaine d'enfants des écoles, un bouquet de fleurs à la main, puis de nombreuses autres délégations, entre autres :  les producteurs de cannabis, les trieurs de déchets poussant fièrement devant eux leurs poubelles vertes, bleues, jaunes, les différents syndicats arborant leurs pancartes traditionnelles, etc.....

Suivent alors les cyclo-pousses et les calèches, nouvellement affectées aux transports urbains non polluants, suivis des employés municipaux chargés de récupérer le crottin des chevaux pour enrichir les espaces verts de la ville.

Tout cela au son du nouvel hymne national "A la claire fontaine" joué par la Garde Républicaine en chemises à fleurs, pendant que flotte mollement sous l'Arc de Triomphe le nouvel emblème national, un étendard vert prairie frappé en son centre d'un épi de maïs et d'une coccinelle. Pour parachever la cérémonie, le défilé aérien: Yann Arthus Bertrand en ULM à pédales, encadré d'une escouade d'oies dressées, suivi d'une escadrille de montgolfières.....

Dans la foule, quelques éléments perturbateurs, nostalgiques de l'ancien régime tentent bien de se faire entendre en chantant la Marseillaise et en brandissant des drapeaux tricolores, mais ils sont vite interceptés et placés en garde à vue par les forces de l'ordre, les fameuses Brigades Vertes...

Curieusement, je me trouvai à côté de la Présidente qui soudain me prit dans ses bras pour m'embrasser fougueusement. C'est là que je me suis réveillé en hurlant...

C'est décidé, dorénavant je mangerai léger le soir, je ne veux plus faire de tels cauchemars.... »

Bien sûr j'ai noté qu'il n'y avait pas de socialos dans le tas et d'autres qui ont manifesté leur désaccord avec Eva Joly ne me paraissent pas être  à leur place dans ce gouvernement rêvé. Moi par contre je pourrais y être car sur le fond je suis d'accord avec Eva Joly et Brassens : La musique qui marche au pas ça ne me regarde pas, mais jamais je ne dirais publiquement une chose pareille….. Les français ont bien le droit d'être cocorico, ça n'emmerde pas grand monde même si effectivement je trouve ces défilés ridicules ! C’est comme les commémorations du 11 novembre : c’est à gerber mais vous ne m’entendrez jamais dire cela, puisque la grande majorité des français semble aimer ça.

Je ne vote pas écologiste mais j’aime bien Eva Joly et n’en déplaise à M. Fillon. Ai-je au moins le droit de dire sans choquer personne que pour moi la plus grande actrice française fut Romy Schneider.

J’étais à ce stade de mes réflexions philosophiques quand j’appris le drame d’Oslo. L’horreur absolue, et comme le faisait remarquer sur son blog Benjamin, peu de médias ont traité Breivik de croisé fanatique ce dont il se réclame mais la plupart l’ont présenté comme un tueur fou. Nuance !

 

J’en reviens à mes relations par internet avec Papillon. Pilou m’avait déjà demandé, plusieurs fois, de le mettre en indésirable. Moi, je voulais comprendre mon ancien pote !

 Pourtant il y a une dizaine d’années j’avais fait un scandale lors d’un audit d’une centrale à béton de la région bordelaise en constatant dans la cabine de commande à la réception clients une affiche raciste. J’avais exigé immédiatement la venue du directeur c’était ça ou la gendarmerie ! Ca avait fait du bruit et je ne m’étais pas fait que des amis dans le milieu, mais je m’en foutais, c’était une question de morale….. Et là pour un vieux copain de jeunesse perdu de vue pendant 36 chandelles d’anniversaire je temporisais, je tergiversais pour savoir…..

Deux jours plus tard je recevais un nouveau mail de Papillon, toujours avec en tête de turc Eva Joly…... cette fois le message n’était pas marrant pour deux sous et en très grande partie haineux !

Je ne reproduis pas ce texte trop odieux et qui prend une tonalité monstrueuse après les massacres de Norvège. Comment mon ancien copain n’a-t-il pas eu honte de transmettre cette saloperie à peine deux jours plus tard ?  

La goutte d’eau !!!!! Bye bye Papillon… tu as reçu mon avis de rupture définitive.

 

 PS à l'attention de mes proches à qui j'envoyais régulièrement de beaux diaporamas. Dorénavant vous n'en recevrez plus beaucoup de ma part......

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

benjamin 11/08/2011 10:17


Tout à fait les procédés de "l'entrisme" pour distiller une idéologie.
Ce billet est une magistrale démonstration du savoir faire de certains, comparable à celui des militants communistes qui faisaient les cages d'escalier pour vendre le remarquable hebdo "l'Huma
Dimanche"
J'en reparlerai.