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Trop poli-tique.... Pour sortir du nucléaire c'est au fond, la porte de droite, la lumière est à gauche....

12 Mars 2012 , Rédigé par daniel Publié dans #trop poli-tique

Le sujet m’intéresse depuis longtemps, bien avant Fukushima et même bien avant Tchernobyl ; ça remonte aux années 70 quand je travaillais sur des chantiers de barrage en Afrique avec, dans l'équipe de maîtrise d'oeuvre, des collègues de l’EDF dont certains avaient déjà traîné leurs bottes et casques sur les premiers chantiers nucléaires de l’hexagone, notamment à Chinon et Fessenheim et nous en parlaient souvent. Le sérieux et la compétence de mes collègues m’a longtemps rassuré et je me suis dit que si Tchernobyl avait pu se produire, le 26 avril 1986, c’était la faute du système communiste, de la bureaucratie, d’insuffisance de moyens, d’un manque de sérieux, c’était donc quelque chose qui ne pouvait pas arriver en France avec l’EDF. Même l’accident nucléaire plus ancien, celui de Three Mile Island, survenu en mars 1979, dont on avait beaucoup parlé parce qu'il était survenu une douzaine de jours après la sortie sur les écrans américains d’un film prémonitoire « Le syndrome chinois » de James Bridges et Michael Douglas et qui, une fois le drame évité, était surtout resté dans la mémoire des cinéphiles ; ce scénario ne pouvait être envisageable en France où l’industrie nucléaire n’était pas gérée par le secteur privé, non contrôlé, et avide de bénéfices au détriment de la sécurité…. Etc. etc.….

Et puis voilà que s'est produit, il y a tout juste un an, le 12 mars 2011, l’accident majeur de Fukushima, le second accident très, très grave en 25 ans celui dont on apprend aujourd’hui qu’il aurait pu rayer Tokyo de la carte ; dans le pays d’Hiroshima, de Nagasaki, tout un symbole ! Statistiquement ça craint…… d’autant qu’il y eut aussi, d’autres accidents sérieux dans l’histoire du nucléaire, des accidents sans doute moins graves mais sérieux quand même. Selon l’échelle internationale des évènements nucléaires qui classe de 1 à 7 les types de problèmes rencontrés ;  le bilan est vraiment inquiétant.  En ne retenant que les cas référencés à partir du niveau Ines 5 (accidents entraînant des risques hors du site) à Ines 7(Accidents majeurs) on relève :

·                Ines 5 : Accidents à Chalk River (Canada) en 1952.

·                Ines 5 : Incendie à Schellifield (Grande Bretagne) en 1957.

·                Ines 5 : Three Mile Island (USA) en 1979.

·                Ines 5 : Pollution radio-active à Goiania (Brésil) en 1987.

·                Inès 6 : Contamination radio-active à Kychtym (URSS-Russie) en1957.

·                Ines 7 : Catastrophe de Tchernobyl (URSS-Ukraine) en 1986.

·                Ines 7 : Catastrophe de Fukushima en 2011.

 

Qui peut décemment affirmer qu’il n’y aura pas avant 2050 de nouvelle catastrophe majeure, un accident qui ferait exploser le niveau Ines 7, et donc mortel pour une partie de la planète.

Essayons d’évaluer où une telle catastrophe pourrait se produire. Les experts techniques portent une attention particulière sur les points suivants.

1.          Ça craint pour les centrales implantées en zones sensibles (risques sismiques)

2.          Ça craint pour les centrales les plus anciennes à technologie vieillissante

3.          Ça craint dans les zones où il y a une forte concentration de centrales.

 

Conclusion : Ça craint pour la France où l’atome est roi.

 

Dans notre pays nous avons 58 réacteurs répartis en 19 centrales en activité, le deuxième parc mondial derrière les Etats-Unis (140 réacteurs) mais en ratio à la superficie du territoire, la France est de loin numéro 1 avec un réacteur pour 12.000 km2 alors qu’aux USA il y a un réacteur pour 92.000 km2 (7.5 fois plus en France). En terme de production totale la France est également en seconde position mais en terme de ratio de production cette fois ramenée à la population du pays, nous sommes, une nouvelle fois, en pôle position avec sur la base de la production de 2009 : 800 TW/h (800. 1012 W/h) pour 313 millions d’américains et 400 TW/h (400. 1012 W/h) pour la 63 millions de français soit 2.5 fois plus pour nous : Cocorico, une sacrée médaille d’or !

Ce qui est sans doute le plus époustouflant c’est la part du nucléaire dans l’ensemble de la production d’électricité : 75% pour la France contre 29% au Japon, 23% en Allemagne, 20% aux Etats-Unis, 16% en Grande Bretagne.

Bien sûr il y a des arguments en faveur de l’énergie nucléaire :

D’abord celui de l’indépendance énergétique, sauf que le nucléaire a besoin d’uranium dont les réserves sont limitées et concentrées dans des pays politiquement instables comme le Niger (Travailleurs d’Aréva pris en otages).

Il a aussi le prix raisonnable de l’électricité produit par le nucléaire mais qu’on oublie de dire que le coût du démantèlement des centrales en fin de vie n’est pas pris en compte et qu’il sera à la charge des contribuables (65 milliards d’euros selon la cour des comptes), sans évoquer, non plus, la gestion des déchets.

Un argument, par contre, est incontestable c’est que l’énergie  nucléaire est propre en émission de CO2 et qu’il n’est pas question de remplacer des centrales nucléaires par des centrales thermiques alors que pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre il faudrait d’ici 2050 réduire drastiquement les émissions de CO2 (Les diviser par 4). La France qui malgré son parc nucléaire, nettement supérieur, n’a pas un meilleur bilan carbone que l’Allemagne …. Mais la France est aussi le pays d’Europe le plus traversé par les camions, transports internationnaux. 

 

Y a-t-il, d’autres possibilités, d’autres sources d’énergie ? Je reprends, ci-après (en bleu) une partie ''synthétisée'' d’un argumentaire qui circulait sur internet l’an dernier provenant d’un anonyme qui se présentait comme expert technique de l’EDF, ingénieur-chercheur et professeur en production thermique en école d’ingénieur : « Que peut-on faire pour réduire la proportion du nucléaire? Sans avoir, évidemment davantage recours aux énergies fossiles charbon/fuel/gaz à cause de l'effet de serre. »

 

1/ Hydraulique et marémotrice :

Pour ce qui concerne les usines hydrauliques en France presque tous les sites intéressants ont déjà été équipés. Que ce soit les barrages au fil de l'eau (sur les fleuves tels que le Rhin ou le Rhône) ou les barrages réservoirs, il n'y a plus de sites exploitables. Et dans le domaine traumatisant pour les populations, on ne fait pas mieux quand on inonde une vallée !

La centrale maréemotrice de la Rance a été conçue, construite et exploitée par EDF. Si on n'en a pas construit d'autres, c'est que le seul autre site capable d'exploiter cette énergie se trouve dans la baie du Mont Saint- Michel. On peut imaginer les hurlements de toute part si on procédait à une telle installation dans ce site classé, décrété patrimoine de l'Humanité par l'Unesco!....

  2) Éolien

Cela fait longtemps que l’EDF s'intéresse à l'énergie éolienne. La première éolienne expérimentale est née il y a plus de 30 ans, dans l'île d'Ouessant. Et les études, travaux et expérimentations continuent encore aujourd'hui. Mais cette forme d'énergie, a priori simple, gratuite, et non polluante, pose de nombreux problèmes : le vent est "fantasque", puisque dépendant des conditions météorologiques, cela implique soit une consommation "on line" soit le stockage de cette énergie. Mais justement, un des problèmes majeurs de l'électricité, c'est qu'elle est très difficilement stockable…..si on veut garantir la production, il faut prévoir d'autres usines de production (des trucs peu sympathiques au niveau CO2!) qui viendront en secours. Sur le plan visuel et sonore, c'est très polluant ! Personne ne pourrait vivre à proximité ! Quand on traverse la plaine de la Beauce au nord d'Orléans, on ne peut pas dire que les dizaines d'éoliennes qui y sont agrémentent le paysage! (Commentaire de Niduab : Les dizaines d’éoliennes qui longent l’autoroute A 10 offrent un très beau décor, surtout quand on a aussi un superbe arc en ciel, mais c’est sans doute mon côté Don Quichotte qui me fait écrire ça …. Il est cependant nécessaire de préciser que le coût de du mégawatt-heure de l’éolien terrestre serait d’un peu plus du double de celui du nucléaire.)

3) Solaire La première centrale solaire (Thémis, dans les Pyrénées) a été exploitée dans les années 70 ! Et si l'expérience a été abandonnée, c'est à la fois à cause de graves problèmes techniques et aussi financiers. (Le kWh coûtait 6 à 7 fois plus cher que la production classique).

Si on envisage l'énergie solaire sur le plan photo-voltaïque, la situation n'est guère plus florissante. On peut concevoir des utilisations ponctuelles pour avoir de l'eau chaude domestique, pour alimenter des bornes de secours sur les autoroutes, etc…. mais au niveau national, ça ne tient pas la distance ! (Toujours sur un plan financier le kWh serait 10 fois plus élevé que celui produit par le nucléaire, selon la Commission de régulation de l’énergie).

Un savant calcul de l’expert anonyme que je ne reprends pas ici, montre que pour obtenir une production équivalente à celle des 58 centrales nucléaires il faudrait aménager plus de 1000 km2 de panneaux solaires….Et sous réserve qu’il fasse toujours beau ce qui serait une catastrophe climatique, il faudrait donc tendre vers 1600 km2 pour assurer. On les met où ? 16 km2 par département ? Et comment stocke-t-on, l’électricité pour les périodes où on en a le plus besoin ? Les périodes hivernales quand il y a le moins de soleil ! 

 4) Biomasse

 Énergie totalement marginale elle aussi ! On l'utilise depuis longtemps, notamment aux Antilles en récupérant la "bagasse", résidu de la canne à sucre, mais ce n'est pas avec ça que l'on pourra alimenter une aciérie! (Le kWh serait 3 à 4 fois plus élevé que celui produit par le nucléaire, selon la Commission de régulation de l’énergie)

 6) Géothermie

Toujours dans le domaine du marginal, avec un problème "organique" : énergie très localisée. Ce n'est pas avec l'énergie géothermique de la région de Fontainebleau que l'on pourra chauffer des logements en Normandie ! Par ailleurs, cette énergie nécessite des investissements considérables, et introduit des problèmes de corrosion et de pollution pas toujours évidents à résoudre!

 

Conclusion sur les énergies renouvelables qui ne sont pas à rejeter, sont malgré tout très marginales par rapport aux besoins énergétiques globaux!

La seule solution, si on ne veut absolument pas utiliser l'énergie nucléaire (et évidemment pas davantage les énergies fossiles charbon/fuel/gaz à cause de l'effet de serre), c'est de ... ... réduire la consommation d'énergie ! Mais alors attention : c'est une remise en question de nos sociétés ! Moins d'usines, moins d’industries, changement des mentalités et comportements ! Et qu'on ne me parle pas de pays comme l'Allemagne, la Belgique, l'Italie, ... qui comptent tout simplement sur la France pour leur fournir l'électricité (d'origine nucléaire) qu'ils n'auront pas pu produire ! C'est encore plus hypocrite de leur part ! "Pas de nucléaire chez moi, mais pas de problème si c'est chez le voisin"! Cela a au moins l'avantage d'améliorer la balance commerciale de la France.

A propos de l'autosuffisance des particuliers on entend parfois dire que "si chaque français produisait sa propre énergie on pourrait très bien se passer de la plupart des centrales nucléaires, les barrages et les centrales thermiques feraient parfaitement l'affaire''. C'est évidemment un raisonnement qui méconnaît totalement la réalité des chiffres.  A côté des "ménages" (Les usages domestiques ne représentent que 31.6 % du total) il y a aussi en France des entreprises, des usines, des commerces, des administrations, des écoles, ...

 

Et pourtant il faut faire le maximum pour réduire notre dépendance au nucléaire, on est allée trop loin. La France a généralement un solde exportateur positif avec ses voisins européens ; ce solde était de 30 TWh en 2010 soit 8% de la production totale ou 10% de la production nucléaire. Les allemands (17 réacteurs et sortie avant 2021), les italiens (sortie en 1987 et référendum s’opposant à 90% à une reprise en 2011) les espagnols (9 réacteurs et moratoire depuis 1984) et même la Suisse (5 réacteurs et sortie totale avant 2034 annoncée en avril 2011), presque tous nos voisins sont hostiles au nucléaire, alors pourquoi faudrait il, que la France soit sur-dimensionnée pour les alimenter. Si une centrale nucléaire française devait subir une catastrophe et que toute l'Europe en subit les conséquences, est-ce que l’opinion publique européenne en tiendrait compte pour ne pas trop nous accabler ? Non ! Alors avant tout faisons marche arrière sur les exportations ce qui permettrait déjà d’envisager l’arrêt sans problème d’au moins 2 voire 4 ou 5 réacteurs !

 

Pourtant « je ne crois pas réaliste de programmer ce qu’il est convenu d’appeler ''La sortie du nucléaire''. Nous ne pouvons pas arrêter brutalement les centrales actuelles, sauf à menacer l’emploi et à compromettre l’indépendance énergétique du pays. Nous pouvons encore moins interrompre la construction de l’EPR de Flamanville alors que plusieurs milliards ont déjà été engagés et que cette technologie nouvelle recèle des perspectives utiles. Il faut toutefois amorcer le repli et ramener à 50% de la production d’électricité la part produit par le nucléaire avant 2025 et à développer en proportion les énergies renouvelable. Ni plus, ni moins. Je sais la qualité et la performance de l’industrie nucléaire française et de ceux qui y travaillent….. Mais après Fukushima, la France ne saurait faire reposer le plus clair de son approvisionnement sur une seule source. C’est le tout nucléaire qui est aujourd’hui dépassé et qui détourne du recours aux énergies renouvelables. La préparation de l’avenir de l’avenir commande de rechercher une diversification de nos approvisionnements. ….. Préparer dès maintenant la transition énergétique c’est adopter une position pragmatique et ouverte. »

 

Ce dernier paragraphe qui je l’espère synthétise bien l’ensemble du billet est tiré d’un petit livre sorti il y a quelques semaines « Changer de destin » de François Hollande. N’y figurait pas encore la décision de fermer Fessenheim, la plus ancienne centrale nucléaire en service (depuis fin 1977), réalisant avec ses deux réacteurs 2.9% de la production électronucléaire et 2.1% de la production totale d’électricité. Cette centrale se trouve située en zone sismique et le récent rapport de l’autorité de sûreté nucléaire a recommandé à l’EDF de renforcer le radier sur lequel le réacteur n°1 a été fondé.

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Complément du 14 mars : J'ai acheté ce matin un livre qui me semble fort intéressant  «L'Archipel des séismes après le 11 mars 2011» un recueil de témoignages, méditations et perspectives de 24 ou 25 intellectuels japonais, romanciers, poètes, essayistes, artistes qui expriment leur colère, leurs espoirs, leur doutes  oudéclinent leur deuil ou le courage des habitants. Tous les bénéfices de la vente de l'ouvrage seront reversés au sinistrés.

Cet ouvrage conçu sous la direction de Corinne Quentin et Cécile Sakai est publié aux éditions Picquier poche et coûte 9 €. Je ferai sûrement un billet sur ce livre.... peut-être dans un an, en commémoration...

 

Voici les dernières lignes d'un haikus de Natsuishi Banya.

 

«... Hiroshima Fukushima, Il pleut sur ces insignes

A la surface de cette île d'ignorance resurgit la terre des morts

Sur l'herbe à peine germée le généreux baptême du plutonium

Secoué emportés mensonges au-delà de la dose mortelle

Archipel des séismes et des tsunamis, centrales et cerisiers en fleurs.»

  

 (A suivre)  

 

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BOBN 14/03/2012 13:06

Après Tchernobyl, le lobby nucléaire nous avait expliqué que c’était le résultat de la gestion soviétique incompétente. Mais avec Fukushima c’est le fleuron de l’industrie privée japonaise, dont la
fiabilité était tant vantée, qui est concerné. Tôt ou tard, d’autres Tchernobyl et d’autres Fukushima auront lieu provoqués par des erreurs humaines, des dysfonctionnements internes, des
tremblements de terre ou d’autres évènements imprévisibles....
http://2ccr.unblog.fr/2012/03/11/il-y-a-un-an-fukushima/