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Voyage jusqu'à Bel-ébat.... La petite maison de pêcheur...

6 Décembre 2010 , Rédigé par daniel Publié dans #voyages

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C’est dans cette petite et modeste maison de pêcheur que séjournait Georges Clémenceau lors des dix dernières années de sa vie. Il en signa le bail en décembre 1919, quelques semaines avant d’être battu par Paul Deschanel à l’élection présidentielle, en congrès à Versailles, le 16 janvier 1920. Il fut battu par 408 voix contre 389. Clémenceau successivement médecin des pauvres, maire de Montmartre engagé dans le soutien aux communards tout en essayant d’éviter les bains de sang, humaniste, protestataire, extrémiste radical, laïque intransigeant, député siégeant à l’extrême gauche de la chambre, anticolonialiste, républicain anti-opportunistes, tombeur de ministères, journaliste polémiste, éveilleur de conscience et premier de cordée dans l’affaire Dreyfus, écrivain, sénateur réformiste et d’apaisement pour consolider l’essentiel, patriote ardent, Président du Conseil et premier flic de France, puis Père la victoire…. Le «Tigre », battu au congrès à 79 ans, avait alors décidé de ne plus rugir. Il quittait la scène politique, il fuyait Paris tout en y conservant un pied à terre rue Franklin mais l’essentiel de son temps fut alors consacré à faire les voyages dont il rêvait et de séjourner en sa Vendée natale, pour s’y ressourcer, recevoir ses amis et écrire.

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  Avec l’âge il avait eu besoin de s’éloigner de la capitale ; déjà à partir de 1907, alors qu’il était enfin devenu à 65 ans Président du Conseil, il avait acquis une propriété à Bernouville dans l’Eure à quelques kilomètres de Giverny où vivait et peignait son ancien et fidèle ami Claude Monet.

Cependant Clémenceau ne négligeait pas sa Vendée malgré le peu d’accointance politique avec ses habitants très majoritairement bigots et réactionnaires. Depuis la mort de sa mère en 1903, il ne pouvait plus se rendre à l’Aubraie et séjournait essentiellement chez des amis à la Tranche sur mer, et c’est par leur intermédiaire qu'il s'intéressa à cette curieuse masure située au lieu-dit Bélesbat à Saint Vincent-sur-Jard sur la côte du pertuis breton.

Qu’il ait été séduit par le charme de la modeste bicoque ne surprend pas, qu’il ait trouvé le nom du lieu cocasse ne fait pas de doute, lui le tombeur de ministères qui fut aussi le prince du tout Paris s’inquiétait avec malice auprès d’un ami « Bel-ébat ! Ne trouvez vous pas que c’est un peu gaillard pour mon antique jeunesse ? »

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J’ai visité la maison de Clémenceau pour la première fois il y a une dizaine d’années. Ce n’était pas programmé mais nous étions allés voir des membres de la famille qui étaient en vacances à Saint Vincent-sur-Jard. C’était une journée d’été pluvieuse et nous nous étions rabattus sur la visite de la maison du grand homme ; sa bicoque, son château horizontal.

Je me suis un peu plus intéressé à Clémenceau en entendant une réplique de Gabin dans le film de Verneuil, « Le Président » : « Je suis un anarchiste avec une proportion de conservatisme qui reste à déterminer ». Quand j’appris que cette phrase avait été réellement dite par Clémenceau à la fin de sa vie, ce fut le déclic ; une biographie de Pierre Saulière fit le reste.

Nous sommes retournés à Bélestat le 11 novembre dernier en fin de matinée. J’ai eu peur qu’en ce jour anniversaire de l’armistice il y ait une commémoration quelconque. Non, rien de ça et même au contraire nous eûmes le privilège, comme seuls visiteurs, d’avoir une visite privée et admirablement commentée.

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  Au préalable je m'étais replongé dans le dernier chapitre de la  biographie de Saulière : « ...on devine sur les dunes sauvages, perdue dans les vents, une bicoque allongée face à l'océan tumultueux.. Presque léché par les vagues, l'ermitage est cerné par un jardin, curieusement vivace sur le sable engraissé d'algues. Des roses splendides s'épanouissent dans un entremêlement anarchique de fleurs et de buissons......

.....Assis sur un vieux banc coiffé d'un calot tibétain en forme de barrette de curé, il contemple la mer, silencieux dans sa hautaine solitude. De loin en loin, les rares fidèles ..... se risquent ici à d'austères visites dans un confort spartiate...... Ainsi vit Clémenceau à Bel-ébat. Il y séjourne souvent ...... Le Tigre redevient ce hobereau farouche, sans haine, sans regret, les yeux pleins d'une vie prodigieuse....... le monde est en train de le quitter..... »

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Au cours des années 1920 à 1922 Clémenceau partagea son temps entre des grands voyages, son installation à Bel-ébat, son retrait définitif de Bernouville et de rares présences à Paris.

Jeune homme il avait découvert les Etats-Unis où il fut journaliste puis professeur de fin 1865 à juin 1869. il en revint marié à une jeune américaine. Ensuite la politique l'accapara et ses envies de voyages restèrent pour l'essentiel des envies : un voyage en Grèce  en 1896, des conférences en Amérique du Sud en 1910 lorsqu'il était dans le creux de la vague. Aussi à peine fut-il battu par Deschanel qu'il prit le large en février 1920, direction l'Egypte « Je vais voir si Cléopatre est toujours aussi jolie, et si elle l'est, je l'épouse  ». Il descendit le Nil jusqu'au Soudan,  jusqu'à Fachoda..... et la chasse aux caïmans : il baptisait ses cibles avant de tirer : Briand, Millerand, Poincaré... etc.... 

De retour en France en avril, il prit un peu de repos avant de tailler à nouveau la route, de septembre à mars 1921 vers l'Asie du sud-est. : Colombo, Singapour, Djakarta, la Malaisie, la Birmanie, Java, Ceylan et puis les Indes, le Gange, Bénarès, Calcutta et la chasse aux tigres avec le maharadjah de Gwalior.

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Une peau de fauve recouvre le lit de sa chambre à Bélesbat  .....  sauf que les objets d'art les plus nombreux que l'on trouve dans la bicoque viennent du Japon où il n'est pas allé. C'est plus le collectionneur qui a décoré la masure que le touriste, exception faite pour la peau du tigre et..... quelques fusils.

Son dernier voyage fut un retour vers son premier. De novembre à fin décembre 1922 , Clémenceau sillonna les Etats-Unis pour faire des conférences pour le journal World : New York, Boston, Chigago, Saint Louis, Washington. Il avait des comptes à régler avec les américains qui n'avaient pas ratifié le traité de Versailles « Vous êtes venus trop tard et vous êtes partis trop tôt....  »

De retour chez lui il se consacra à l'écriture ; il ne cessait de noircir des pages blanches et il recevait ses amis et sa famille. Il reçut en Vendée son vieil ami, Claude Monet, celui qu'il appelait le vieux maboul. Le peintre était fatigué et c'était plus souvent l'antique jeune qui allait lui rendre visite à Giverny. En décembre 1926 il apprit le décès du vieux Maboul,.

Clemenceau publia « Demosthène une biographie étonnante» qui eut un succès considérable. 

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Au cours de l'été 1929 il fit plusieurs malaises aussi, en octobre, il quitta définitivement Bel-ébat pour se soigner à Paris et attendre  la mort dans son appartement rue Franklin ; mort qui survint le 20 novembre 1929.

 En fin de visite j'ai traîné un peu à la réception en discutant avec notre guide qui pendant près de deux heures fut passionnant. J'ai aussi trouvé un livre que je ne connaissais pas le « Clémenceau » de Michel Winock. 

J'ai terminé ce bouquin de 550 pages qui m'a beaucoup intéressé et notamment l'évolution du  positionnement politique de Clémenceau au fil du temps et ses rapports avec le mouvement socialiste et surtout avec Jean Jaurès. Un nouveau billet en perspective.

 

  A suivre.

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