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No pasaran.......... Fuente Vaqueros

13 Juin 2008 , Rédigé par daniel Publié dans #no pasaran

 J'ai déjà évoqué Fuente Vaqueros dans un billet intitulé « No pasaran...Grenade. »
  Fuente Vaqueros le village andalous où est né Luis le grand père maternel de mes enfants. C'est aussi le village où naquit Federico Garcia Lorcaa
 Comme je lisais récemment l'admirable biographie de Garcia Lorca par Ian Gibson je fus surpris d'y apprendre que les premiers écrits du poète fut un texte inachevé d'avril 1917 (Federico, né le 5 juin 1898 avait donc 19 ans) intitulé « mon village »..... Quelques jours plus tard dans une librairie je tombai, sur un recueil de poésie édité par Gallimard nrf. Poésie I, livre de poèmes et mon village. Voici quelques lignes tirées de ce texte de 20 pages. J'ai choisi les lignes qui rappellent un peu le court passage que nous avons fait à Fuente Vaqueros en Avril 1999, mais surtout ce qu'en disait Luis lorsqu'il parlait des conditions de vie de son enfance et que l'on peut résumer en quelques mots : Pauvreté, inégalité, travail  mais aussi pour survivre honnêteté, dignité, respect, famille.

  «.... Lorsque j'étais enfant, je vivais dans un petit village très silencieux et odorant de la Véga de Grande. Tout ce qui s'y produisait et tous ses sentiments repassent en moi aujourd'hui voilés par la nostalgie de l'enfance et par le temps.... ».... «...C'est dans ce village que je suis né et que s'est éveillé mon cœur. C'est dans ce village que j'ai fait mon premier rêve de lointains.... »
 « Le village est petit et blanc, et l'humidité le baise de toute part..... ».... « ..il est formé d'une grande place, bordée de bancs et de peupliers, et de plusieurs ruelles obscures et effrayantes où l'hiver met ses fantômes et croquemitaines...... ».... «.... La place est toujours muette, seule l'éternelle chanson de la fontaine trouble son silence religieux.... »
 « .....Les légendes que conserve le village sont toutes banales, mais d'une banalité enfantine et honnête... »...... « ...je les écoutais auparavant avec un vrai plaisir... ».... «  Aujourd'hui tout cela a passé. Aujourd'hui mon âme éprouve d'autres choses plus compliquées. Aujourd'hui de petit villageois je me suis transformé en jeune homme de la ville....mais jamais je n'oublie le village et c'est pourquoi j'écris mes anciens sentiments qui étaient parfumés par les fèves en fleurs et par les nuits obscures de l'hiver.... » 
 
 « ....L'école était une grande salle avec des fenêtres d'un côté et beaucoup de banc...... Ma place était au second banc, à côté de deux garçons très pauvres, mais très propres. Les deux étaient de grands amis à moi et tous les jours je leur apportais des morceaux de sucre ou des grains de café qu'ils aimaient beaucoup... eux en échange, m'apportaient des fruits verts qu'on ne me laissait pas manger à la maison et ils me faisaient des carrioles avec des betteraves et des lampions ajourés d'étoiles et de comètes avec des melons qu'ils prenaient dans les vergers....Parfois je leur donnais des bouchées et des carrés de chocolats, et alors ils me faisaient des colombes qui volaient toutes seules et ils m'apportaient des taupes de velours qu'ils chassaient dans les peupleraies ; Pepe et Carlos, c'était leur nom, était mes éternels gardiens et ceux qui me défendaient dans les moments critiques » .... «... Heures d'ennui insupportable que j'ai passé à l'école de mon village ! Que vous étiez joyeuses comparées à celles qui me restent ! Mes petits camarades sentaient en eux les mystères de la chair et ils ouvrirent mes yeux sur les vérités et les désillusions. Moi je les aimais tous de tout mon cœur.... » 
 
 « Au village vivait une fillette blonde et brûlée de soleil..»... « Deux longues tresses qui lui arrivaient aux pieds..»...«...Une fleur dans les cheveux et les mains toutes coupées à force de laver le linge de ses frères et sœurs dans les eaux de la Véga.... Son père était un pauvre journalier que le travail et l'humidité avaient rendu rhumatisant, et la mère qui avait trente ans, en paraissait cinquante à cause de ses peines et de la fécondité de ses entrailles...»
 «....Et alors la fillette venait chez moi nous supplier pour l'amour de Dieu d'envoyer chez elle la nourrice qui élevait mon frère pour que leur petit pût téter un peu car autrement il allait mourir de faim... ».... « ....je me liai d'une grande amitié avec la fillette et j'allais l'après midi
chez elle pour leur apporter des aumônes de ma mère...... »... « .... Le sol était de terre battue et le toit de roseaux...les seuls meubles qu'ils possédaient, étaient une table à abattants, quelques chaises croulantes, une lampe à huile rouillée et un grand tableau de la Vierge... »..... « ...Lorsque j'arrivais à cet antre de misère et d'honnêteté, la mère,... »... « ...cette martyre de la vie et du travail avait  une suavité dans la voix, et un regard si doux qu'il aurait fallu être comme un chien enragé pour ne pas en avoir pitié et pleurer son calvaire....Cette femme dont le ventre avait donné tant de vies, pour les voir ensuite mourir de faim et de misère, cette sainte détruite par un homme et sacrifié pour ses enfants était si grande, si auguste et si résignée que devant elle j'avais peur à cause de sa figure et amour pour sa vie de douleurs.....
«.... Il pourra se passer beaucoup de temps, beaucoup de choses dans mon âme, jamais ne s'effacera la figure de cette mère......»... « Les enfants des villages meurent beaucoup les uns par manque d'aliments et les autres par excès de travail....tous ces souvenirs tristes me reviennent quand je pense à la maison de ma petite amie blonde, où tous les ans il en naissait un et où il en mourrait d'autres... ».
 «...il n'y a pas longtemps je l'ai revue, ma petite amie blonde....et j'ai failli éclater en larmes....parce dans ses yeux il y a déjà l'expression de sa mère, elle cheminait avec deux enfants, l'un qui tétait et l'autre pieds nus la tenant par la main. Hélas,  ma petite amie blonde ! Tu seras comme ta mère. Tes filles seront comme toi. Et quand j'y pense je tombe dans un chaos spirituel.... »

                             Federico Garcia Lorca. Avril 1917.Grenade et Fuente Vaqueros

  Du souvenir que j'ai des conversations avec Luis (décédé en novembre 1981) et son frère Rafaël (décédé en décembre 2002), il me semble que les conditions de vie de la famille n'étaient pas aussi misérables que celle de la petite fille blonde. Luis et Rafaël ont travaillé dans les champs dès l'age de 8 ou 9 ans, mais le père Francisco, journalier agricole était très besogneux. Je ne pense donc pas que la petite fille blonde eut pût être Rosa ou Mathilda les deux sœurs aînées de Rafaël (né en 1911) ou de Luis (né en 1914).
 Par contre le passage sur l'école m'interpelle car Federico évoque ses deux copains dont Pepe. Or Pepe en Espagne est le diminutif affectueux de José. Et José l'aîné de la fratrie devait être né  en 1896 ou 97. José et Paco son cadet d'un ou deux ans ont un peu fréquenté l'école du village. Luis et Rafaël ont souvent dit que leurs frères aînés connaissaient bien le poète. Pépé qui mourut de malaria à son retour de service militaire au Maroc et Paco qui fut arrèté par les fascistes, alors que Luis et Rafaël se sauvaient en sautant par une fenêtre.  Paco fut fusillé deux jours plus tard, peut être exécuté en même temps que Garcia Lorca selon la concordance de dates (mi août 1936), la concordance de lieux.....
 Peut-être mais personne n'en saura jamais rien....... Mais que ce texte de Lorca ressemble à l'Histoire telle que  la racontaient Luis et Rafaël.
 Luis qui fut très peiné d'entendre un de ses neveux qu'il accueillait chez lui dans les années 60, lui dire que si son oncle Paco avait été fusillé c'est qu'il avait du faire quelque chose de mal. Lavage de cerveau de l'éducation franquiste. Luis et Rafaël, pour lesquels les liens familiaux étaient plus forts que tout, pardonnèrent à ce neveu..... si éloigné de ce qui fut leur engagement républicain.... C'était aussi ça l'éducation de leurs parents Francisco et Francisca.

 

(à suivre)

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