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No pasaran!...por desgracia pasaron. Grenade.

25 Juillet 2007 , Rédigé par daniel Publié dans #no pasaran

   Rafaël et Luis étaient originaires de Fuente Vaqueros en Andalousie. Fuente Vaqueros (en français la fontaine des vachers) était au début du siècle précédent un gros bourg agricole situé à une vingtaine de kilomètres de la capitale régionale Grenade la fière.

  Luis est né le 28 février 1914 dans ce village où il vécut son enfance. Certains de ses frères dont peut être Rafaël né le 8 août 1911 virent le jour à Lachar distant de 6 ou 7 km. Le père Francisco Rozon Pertiñez né en 1875 était ouvrier agricole et travaillait pour les propriétaires terriens. La mère Francisca Molina Castro né en 1876 fut mère au foyer pour élever les 11 enfants du couple. Francisco et Francisca qui avaient été enfants uniques eurent en fait 13 enfants dont 2 morts nés ou en très bas âge.

  Francisco et Francisca étaient des enfants du pays andalous ; leurs parents respectifs étaient pour lui José Rozon Perez et Matilde Pertiñez Tejas, et pour elle: Rafaël Molina Fernandez et Dorotéa Castro Gomez.

  Les 13 naissances espacées chacune d’environ 2 ans se sont réparties, sensiblement de 1896 à 1923. Les 11 enfants qui ont vécu, furent dans l’ordre : Paco, José, Antonio, Rosa, Matilde, Manuel, Rafaël, Luis, Emilia, Guillerma et Carmen.

  La région de Grenade est riche, un éden agricole, adossé à la Sierra Nevada la plaine est fertile, limoneuse, la riche « Véga » bien arrosée par les rivières et fleuves qui descendent vers la mer. En cette période ultra-inégalitaire cette richesse ne profitait qu’aux propriétaires surtout pendant la fin du règne d’Alphonse XIII sous la dictature de Primo de Rivera entre 1923 et 1930. Francisco trouvait bien sûr du travail mais les salaires des journaliers s’effondraient. Il fallait toujours travailler plus pour gagner moins. Rafaël et Luis durent travailler dès l’âge de 8 à 9 ans en gardant du bétail ou des cochons et en ramassant des asperges sauvages (ou autres selon les saisons) qu’ils revendaient.

  Bien plus tard au printemps 1978, Luis et Encarnacion, les parents de Pilou, sont venus nous voir au Maroc où nous vivions, où je travaillais sur un barrage dans le centre du pays (Province d’El Borouj). Nous fûmes surpris de constater la tristesse de Luis, son mal être ; certes il avait quelques soucis de santé, mais surtout il n’avait pas la nostalgie heureuse en voyant ces petits marocains de 8 à 10 ans garder des moutons et se précipiter vers les voitures qui passaient avec des bouquets de fleurs des champs ou figues de barbarie ou asperges sauvages ….il se revoyait 50 ou 55 ans plus tôt en Andalousie.

  Pendant cette période de grande misère en Espagne il n’y avait pas ou peu de temps à perdre à l’école, et c’est Francisco qui leur apprenait à lire. La génération précédente n’avait pas été beaucoup plus riche mais avait moins subi la misère….et encore l’Espagne n’a pas participé à la guerre de 14/18. En cette période de fin des années 20, Francisco et Francisca ne purent même pas escompter un renfort du fils aîné : Paco qui avait été militaire au Maroc espagnol et est rentré mourant d’une fièvre, sans doute la Malaria.

  Francisco était un homme strict : Quand l’un des enfants n’était pas à table à l’heure voulue ….il devait attendre le repas suivant pour manger. Il inculqua à ses enfants le sens de l’honneur, du travail, de la famille et du respect. On ne sait rien de ses rapports avec la religion très présente et influente en Andalousie. Toujours est–il que, plus tard, après les ravages de la guerre civile… Luis et Rafaël étaient devenus des mécréants intransigeants. 

  En 1931 aux élections municipales, les premières élections démocratiques que concéda Alphonse XIII, après la dictature de Primo de Rivera, ce fut un raz de marée de gauche. Le roi abdiqua et la république fut déclarée. Il s’en suivit une période peut être un peu confuse mais ce fut un temps où les couches populaires campagnardes ou citadines ressentaient un mieux vivre.

   Rafaël avait fait son service militaire aux Canaries et à son retour, probablement au début de la république vers 1933 il s’installa comme coiffeur itinérant ; métier qu’il avait sans doute appris à l’armée. Il embaucha et forma son jeune frère Luis.

  Une ère de tranquillité, peut-être d’insouciance, s’installait avec cette jeune république. Les 3 jeunes sœurs de Luis et Rafaël purent même aller à l’école….elles eurent comme institutrice une certaine mademoiselle Garcia Lorca, la sœur du poète. En effet la famille Garcia Lorca était de Fuente Vaqueros, c’était certes une famille bourgeoise aisée cultivée, qui possédait une belle résidence et des terres mais qui n’était pas insensible à la misère du peuple.   

  Federico avait pris fait et cause pour la république et pour le front populaire qui s’était constitué en 1935, rassemblant tous les partis de gauche et tous les syndicats. Les élections de février 1936 virent la victoire du front populaire (même si certaines circonscriptions comme Grenade restèrent à droite). Selon l’historien Bartholomé Bennassar le projet politique du front populaire était extrêmement modéré soucieux de ne pas donner d’arguments aux ennemis de la république.

Une réaction se dessina pourtant immédiatement : En juillet 1936 un acte inconscient ou une provocation délibérée fut l’assassinat du chef de l’opposition monarchiste Calvo Sotelo ….Ce fut le déclic de la rébellion, rébellion qui se préparait depuis plusieurs mois. Parti du Maroc et dirigé par le général Franco que le gouvernement républicain avait écarté, le soulèvement de l’armée s’étendit rapidement et surtout en Espagne du sud. La légion étrangère et ses banderas dans une logique d’extermination mis le pays à feu et à sang. Toujours selon Bartholomé Bennassar, mais aussi l’historien britannique Hugh Thomas, au cours de l’été 1936 les tribunaux militaires, dirigés par le général Campins ancien adjoint de Franco, prononceront 2700 condamnations à mort à Grenade et plus de 3000 dans les environs (Fuente Grande, Fuente Vaqueros, Barranco de Viznar ) et sans compter les morts par tabassage lors des interrogatoires (lire ou relire le testament espagnol d’Arthur Koestler)

 Ce fut le cas de Francisco le bon père de famille, homme honnête, travailleur, respectueux ….. qui respectait la démocratie, la république et ses voisins qui pourtant le dénoncèrent ; il mourut dans les geôles de Grenade.  Jose son  fils aîné (depuis le décès de Paco) lui fut jugé et fusillé. Comme il fut assassiné à la mi-août 1936 et qu’il fut enterré dans la fosse commune de Viznar, il n’est pas impossible qu’il ait été exécuté en même temps que Federico Garcia Lorca. ….c’est du moins ce que pensaient Luis et Rafaël. N'oublions pas que Jose et Federico avaient le même âge et que malgré des origines sociales différentes, dans ce gros bourg agricole, ils devaient forcément se connaitre.  

 Luis et Rafaël eurent plus de chance que Jose en s’échappant par la fenêtre de leur chambre quand les franquistes arrivèrent chez eux. Leur vie s’est jouée à quelques minutes. Il s’en est suivi des heures, des jours de peur, de caches, de fuite pour rejoindre des zones du Centre-Est où l’armée fidèle à la république résistait, contenait les rebelles.

  La suite entre 1937 et 1938 on n’en sait trop rien sinon que les 2 frères engagés dans l’armée de la république ne se sont jamais quittés. De cette guerre civile ils n’en parlaient pas. Je sais qu’ils détestaient les armes à feu fussent-elles des armes de chasse ou des armes de fête foraine. Par certains recoupements (les références répétées à Teruel, la traversée de l’Ebre à la nage en hiver et la rencontre avec Ramon le futur beau–frère de Luis) on peut penser qu’ils ont participé aux terribles batailles de Teruel (Décembre 1937 février 1938) puis de l’Ebre (juillet novembre 1938). Ils étaient aussi probablement présents lors de la chute de Barcelone (voir ou revoir le magnifique film de Ken Loach "Land and freedom") avant la débâcle, la fuite encore, et l’exil avec le passage de la frontière à Prats de Mollo en février 1939….. 

 

(à suivre)

Une photo des années 34-35, antérieure au coup d'état fasciste. Insouciance de la jeunesse: Luis sert à boire à un ami  et Rafaël  est au centre accroupi juste au-dessus des trois jeunes assis. l

Une photo des années 34-35, antérieure au coup d'état fasciste. Insouciance de la jeunesse: Luis sert à boire à un ami et Rafaël est au centre accroupi juste au-dessus des trois jeunes assis. l

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coudray pascal 31/05/2011 12:21


bonjour
je vous est fait parvenir mes coordonnees mais je ne sais pas si cela a fonctionne
cdlt
pascal


daniel 24/05/2011 13:37


Bonjour Pascal
Merci pour ce commentaire. Je crois vous pouvez me laisser vous coordonnées mails en passant par over-blog (par contact en haut à droite qui me fera suivre ces informations et je vous
contacterai.

Cordialement


coudray pascal 24/05/2011 12:23


bonjour
suite a la lecture de votre blog je me suis procurer l un des livres de luis bonet et je voudrais savoir comment je pourrais me procurer une copie de votre memoire concernant les cte et les gte en
poitou charentes cdlt pascal


Sylvie 11/11/2010 13:37


Merci mon Tonton pour cette partie de l'Histoire de notre famille, une partie de l'Histoire de cette guerre (j'ai presque fini le livre que tu m'as prêté "Le testament espagnol"!!!), une partie de
mes racines!!
J'ai lu ces articles en ta présence avec beaucoup d'émotions et de tristesse!Emue de connaître davantage mes grand parents, leur vie, leurs périples!!!Triste de ne pas avoir connu mon grand père
Luis (héros de cette guerre dans la résistance) et d'avoir trés peu connu ma grand mère Incarnacion (trop peu de souvenirs) et Tonton Rafael (avec son accent espagnol et toulousain que je
comprenais pau étant petite)!!
Merci pour ce patrimoine que tu nous laisse!!!
GROS BISOUS
Sylvie


NUMCA 13/10/2010 10:13


merci pour votre recit du coup je me suis procure le livre luis bonet lopez non sans mal je pense qu il est probable que nos grand pere ont du se croiser
j ai appris beaucoup de chose en lisant votr recit et le livre de luis bonet qui m ont apporte de nombreux elements sur ce que gp a pu vivre
merci
numca